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Pensée du mois • février 2020

Richesses de la lenteur...

Richesses de la lenteur - pensée du mois - février 2020

Connaître le parcours ne dispense pas du chemin.
- (Auteur anonyme)

Initie-nous à bien compter nos jours: nous ferons venir le cœur de sagesse…
- Psaume 90.12 (Version Chouraqui)

Nous venons à peine d’entamer une nouvelle année, une année fringante avec ses deux chiffres ronds, et déjà nous détachons un feuillet du calendrier, ce n’est pas une surprise, ce n’est pas nouveau, janvier nous a glissé entre les doigts sans que nous nous en apercevions. Février nous entraîne sur le toboggan du temps vers un parcours qui nous est désormais familier. Une première semaine de vacances, puis, le printemps qui se profile, se fait désirer, mue en été avec ses longues journées, les baignades et les congés, avant d’être englouti dans la flamboyance de l’automne; il s’éteindra, finalement, dans les steppes en nuances de gris de l’hiver. Nous les traverserons, fatigués et résignés, les regards fixés sur le phare de Noël et la perspective d’une nouvelle année… où nous pourrons constater que janvier vient de nous glisser entre les doigts…

Je le sens, j’ai réussi à vous mettre de mauvaise humeur, je viens — en quelques secondes — de vous voler une année ! Je vais cependant vous offenser un peu plus, en vous proposant de m’accorder encore quelques instants d’attention, instants dérobés, eux aussi, à cette nouvelle année qui tente par tous les moyens de se débiner. Mon intention est pourtant louable, je désire simplement vous encourager à la révolte, vous pousser à vous indigner, à refuser l’absurdité d’une année en transport grande vitesse.

Il y a seulement quelques générations — oui, je sais, les plus jeunes d’entre vous, appellent cette époque la préhistoire — pour se rendre d’un point A à un point B, plusieurs choix s’offraient à vous. Le trajet pouvait s’effectuer à pied, à cheval, à dos de chameau — si vous viviez plus au Sud — ou éventuellement au fil de l’eau, poussé par le vent ou la sueur des rameurs. Ces moyens de transport, que nous jugeons aujourd’hui bien lent et franchement dépassés avaient un avantage indéniable, celui de découvrir le chemin parcouru. L’arbre qui se dresse au bord du chemin, qui apparait au loin, grandit insensiblement de minute en minute pour finalement vous laisser admirer, les grumelures de son écorce, les nœuds de ses racines, la finesse de son feuillage, le nid arrimé entre ses branches, l’oiseau qui nourrit ses petits, le papillon en quête de pollen… le voyage était une nourriture d’âme, une source d’émerveillement, de découverte, d’apprentissage, avec, il faut le dire, ses frayeurs et ses dangers. Mais eux aussi devenaient l’assaisonnement d’un puissant sentiment de vivre.
Aujourd’hui, nous nous engouffrons dans une voiture, piétinons casque sur les oreilles dans une gare ou un aéroport, somnolons trop blasés pour jeter un coup d’œil par les vitres ou les hublots et débarquons à l’autre bout du monde pour un marathon d’activités que nous aurions pour la plupart pu pratiquer chez nous, avant de rentrer épuisés, enrichis seulement de quelques mauvais clichés truqués que nous publierons aux quatre coins de la planète en comptabilisant d’un regard anxieux les coups de pouce jaunes ou bleu.
Nous avons oublié la superbe réponse de mon cher Petit Prince au marchand de pastilles contre la soif: «Moi, si j’avais 53 minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine…»
Le temps est notre trésor le plus précieux, mais il n’a plus aucune valeur si nous n’en faisons rien, si nous le subissons, esclaves enchainés par des emplois du temps que nous avons nous-mêmes forgés et qui nous privent de la joie de profiter des secondes qui s’égrènent lentement. Nous avons oublié que la beauté du voyage ne réside pas uniquement dans le fait d’arriver, mais dans la richesse du parcours, du chemin parcouru lentement…
Heureusement, nous sommes seulement début février, il reste onze mois dans cette belle année. Il est encore temps de mettre les deux pieds sur le frein, de sauter du TGV, et de faire le choix de vivre cette année à pied. Redécouvrir les cailloux sous les semelles, les pissenlits et les coquelicots du bord du chemin, la course des nuages, le parfum des arbres en fleur…
Et prendre aussi le temps de la rencontre, des rencontres.
Rencontres des autres, qui peuvent être plus que des silhouettes impersonnelles déshumanisées par la vitesse. Rencontre avec soi-même, avec l’enfant solitaire au fond de nous, auquel nous accordons si peu d’attention.
Et, par-dessus tout, pour lier et donner encore plus de sens à tous ces rendez-vous, prendre le temps de la rencontre avec celui qui seul peut nous satisfaire à l’intérieur, Celui qui peut, rencontre après rencontre, changer le gouffre de solitude en source qui déborde d’une eau qui étanche réellement la soif.

Je nous souhaite donc de faire le chemin des mois à venir à pied. Mon parcours sera particulièrement riche puisque je sais que je vous y retrouverai…

Lentement, tranquillement vôtre,

Philip

© Tous droits réservés.
Philip Ribe: www.philip-ribe.com

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