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Pensée du mois • juillet 2019

Ennui, Patience & Perles rares…

Ennui, Patience & Perles rares… - pensée du mois - juillet 2019

La patience est une vertu qui s’acquiert avec de la patience…
- ALESSANDRO MORANDOTTI

L’ennui de l’huître produit les perles.
- JOSE BERGAMIN

Mais il faut que la patience accomplisse parfaitement son œuvre…
- JACQUES 1.4

L’ennui et la patience. J’ai passé la première partie de ma vie d’adulte à fuir le premier et à rejeter la deuxième. Je n’étais absolument pas conscient qu’ils sont, l’un comme l’autre, des instruments de premier choix dans la caisse à outils de l’orfèvre des âmes.
L’ennui a servi d’aiguillon, de mouche du coche à mon hyperactivité de jeune adulte. J’avais à cette époque oublié qu’au cœur de l’enfance, il avait été mon fidèle compagnon. Sans télévision, sans radio, sans trop d’amis ou de sorties, condamné à moi-même, je me suis découvert des dons de passe-murailles. J’ai appris à m’évader sans sortir du lieu où je me trouvais. J’ai découvert le pouvoir des images pour visiter les mondes, connus ou inconnus, puis s’y sont ajoutés les mots, qui sont, de toute façon, des images déguisées capables de se démultiplier et de transporter l’esprit d’un recoin à l’autre de l’univers en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « ouf ». L’ennui a été le carburant de ces découvertes, l’énergie indispensable à ces voyages en imagination qui ont comblé mon existence au-delà de tout ce que je peux en dire.
Quant à la patience, je pensais n’en avoir pas besoin ; je la voyais comme l’excuse des paresseux, le prétexte de ceux qui ne veulent pas s’engager, de ceux qui n’agissent pas parce qu’il faut attendre le bon moment, la bonne occasion, la bonne motivation, la justification facile des mous, des inactifs, des spectateurs.
Mais le temps, si la vie nous en accorde suffisamment et si nous y consentons, est capable d’user toutes les stupidités, de décaper toutes les fausses idées pour nous conduire un peu plus loin dans ce travail de fourmi de construction de notre bagage éternel que nous appelons parfois notre « âme ».
En me retournant sur les générations de gamins qui ont succédé à la mienne jusqu’à ce jour, j’ai fini par voir les dégâts que produit une enfance sans aucune sorte d’ennui. Une enfance sans la moindre seconde pour se demander quoi faire de cette éternité que constitue quelques heures, ou quelques jours de libre, sans programmes, activités, et surtout sans écrans stupides qui parlent, rient, applaudissent, pensent et ressentent à notre place. Plus de créativité, plus d’imagination, plus la moindre forme de réflexion ou d’originalité.
Le temps m’a aussi révélé le talent de sculpteur de la Patience, sa capacité à graver dans les matériaux les plus durs ce qui est important. Elle nous apprend à déguster chaque parcelle de vie au lieu de l’ingurgiter sans l’apprécier pour la rejeter derrière nous en excréments inutiles et inféconds. Semblable au travail de l’eau dans les belles grottes qui, goutte à goutte, construit du bas vers le haut et du haut vers le bas, ces sublimes dentelles calcifiées qui finalement un jour se réunissent pour former des colonnes solides qui supportent – dans le sens noble du terme.

Aux premiers jours de cet été, il est peut-être temps d’accorder à notre vie intérieure ce dont nous avons privé les enfants d’aujourd’hui. Offrons-nous un brin d’ennui et de belles brouettes de patience. Ne cédons pas aux chants des sirènes d’un été vécu tambour battant. Ne soyons pas des « gamins modernes » enchaînés par l’addiction à l’occupation vide de sens, à la superposition de fausses activités qui n’ont d’autre but que de masquer la misère du futile et du manque de nutriment d’âme. Apprenons à déguster les secondes d’ennui, comme des grains de raisin un rien amers, mais qui peuvent, par la suite, apporter tellement de fraîcheur, de vitalité, d’énergie dans les déplacements intérieurs qui seuls ont le pouvoir de rassasier et d’apaiser nos vies en profondeur.

Je vous souhaite donc un bel été avec sa dose d’ennui créateur de perles et ses doses de patience qui permettent au vrai travail de se faire en nous.

Au plaisir de vous retrouver ensuite désennuyés, riches des fruits de la patience, l’âme bronzée par les rayons d’en haut comme votre visage et vos épaules par les UV du soleil estival.

Philip

PS Et puis, l’été, c’est aussi le moment où je m’ennuie de vous, mais où j’accumule patiemment l’envie de vous retrouver…

© Tous droits réservés.
Philip Ribe: www.philip-ribe.com


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