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L'Amour véritable 6/6
Etude sur la première Epître de Jean

par Philippe Favre

Nous voici à la fin du parcours de ce livre unique du Nouveau Testament. Si au début, Jean s'est présenté comme un témoin de Jésus-Christ, à la fin il s'efface devant le témoignage que Dieu rend à son Fils, car "le témoignage de Dieu est plus grand que celui des hommes" (1 Jean 5:9). Nous voulons l'écouter attentivement; notre foi en dépend dans sa formulation et son vécu. Cette dernière étude se divise en deux parties:

1. Les trois témoins et notre assurance (1 Jean 5:6-17)

Le verset 6 a suscité de nombreuses questions et un exégète l'a appelé le plus embarrassant de l'Epître. On peut tout de suite remarquer que Jean employait une expression familière à ses lecteurs avec le terme l'eau et le sang. Il apparaît trois interprétations différentes là-dessus:

a) Quelques commentateurs, dont Luther et Calvin, y ont vu une référence au baptême et à la Cène. Cela semble peu probable parce que cette parole, "Jésus-Christ est venu avec de l'eau et du sang" se rapporte à une activité passée (le temps du verbe est à l'aoriste, temps de la conjugaison grecque qui exprime une action arrivée à son terme), alors que les deux sacrements de l'Evangile sont encore observés.

b) Une autre façon de voir – adoptée par Augustin et certains anciens – met en parallèle ce passage avec celui de Jean 19:34-35 qui mentionne la lance jetée par un soldat romain dans le côté de Jésus. A première vue, la comparaison se tient, mais un examen attentif du texte l'écarte. En effet, c'est seulement après la mort de Jésus-Christ sur la croix que l'eau et le sang sont sortis de son côté.

c) C'est Tertullien qui a donné l'explication la plus satisfaisante: l'eau est une référence au baptême de Jésus, où il est reconnu Fils par le Père (Matthieu 3:17). Le sang est une référence à la mort de Jésus qui ôte le péché du monde (Jean 1:29). C'est vrai, cette locution l'eau et le sang est surprenante pour nous, mais elle a été forgée dans la controverse théologique du temps. N'oublions pas l'enseignement hérétique de Cérinthe – dont je fais mention dans ma première étude – qui niait l'incarnation et l'expiation, deux piliers de notre très sainte foi.

Abordons maintenant le détail de cette partie:

En premier lieu, les trois témoins (5:6-12).
Le Seigneur est entré dans son ministère public après avoir été baptisé. Auparavant, il demeurait à Nazareth et il y est resté jusqu'à l'âge de 30 ans environ (Luc 3:23). Là, inconnu de tous, il a vécu et travaillé en famille. Nous ne savons rien de ces années – à part l'incident rapporté par Luc (Luc 2:41-52) – mais il faut se rappeler que toutes les heures de tous les jours, chaque minute de chaque heure, et chaque instant de chaque minute Jésus a glorifié Dieu son Père. En aucun moment il n'a failli. Pensons à sa vie d'enfant, d'adolescent, d'homme jeune, où il n'a jamais utilisé son pouvoir de Fils de Dieu soit pour se défendre soit pour en tirer un avantage personnel. Voici enfin un homme à qui Dieu peut dire: "Tu es mon Fils bien-aimé; en toi j'ai mis toute mon affection" (Luc 3:22). Quelle leçon d'humilité et de patience pour le croyant qui aime encore se mettre en avant et supporte mal l'anonymat!

Il est venu avec de l'eau (v. 6), c'est-à-dire avec le témoignage d'une vie parfaite, sans péché et sans tache.

Après avoir servi son Dieu et son peuple pendant un peu plus de trois ans, le Seigneur Jésus s'est laissé crucifier, accomplissant ainsi les Ecritures. Lisez les Evangiles et prenez connaissance de ce service extraordinaire pendant lequel Jésus a fait continuellement la volonté du Père (Jean 8:28). Vous verrez qu'il a agi ainsi avec des disciples dévoués mais faibles, au milieu d'une foule versatile, en face d'adversaires irréductibles, devenus toujours plus nombreux à cause de son message de vérité. Sur la croix, comme vous le savez, il a expié le péché, subissant le châtiment à notre place. L'auteur de l'Epître qui a connu le Seigneur, a été près de lui, l'a contemplé, est un témoin des souffrances de Christ. C'est pourquoi il déclare qu'il est venu avec de l'eau et du sang (v. 6). Jean a une doctrine impeccable et place dans une juste perspective la vie parfaite de Jésus et son sacrifice non moins parfait.

Quarante jours après sa résurrection, le Seigneur Jésus-Christ est monté au ciel d'où il a envoyé le Saint-Esprit reçu du Père (Actes 2:33). Voilà le troisième témoin, qui ne parle pas de lui-même, mais se plaît à faire comprendre la perfection de l'homme Jésus (l'eau) et la signification profonde de la croix (le sang). Nous trouvons aux versets 7 et 8, à leur plus haut niveau, les trois vertus de la foi, l'obéissance et l'amour, dans l'ordre respectif et dans un accord total. Dans une société où les êtres sont des unités séparées, n'ayant plus de lien avec leur passé, par conséquent pas de regard sur l'avenir, nous pouvons être gagnés par une certaine lassitude et céder au découragement, même dans l'Eglise qui n'est pas épargnée par l'individualisme. J'aimerais que l'exemple de l'accord divin ait un effet positif dans nos familles, nos assemblées ou nos centres missionnaires.

Dans les versets 7 à 12 nous trouvons sept fois le mot témoignage. Le verset 9 décrit sa nature et les versets 10 à 12 nous montrent ses résultats. C'est Dieu qui rend témoignage à son Fils dans l'histoire, par l'eau et par le sang, et c'est aussi Dieu qui lui rend témoignage aujourd'hui dans nos coeurs par son Esprit. Le mot si (v. 9) exprime un fait et non un doute car nous devons bien admettre que nous recevons bon gré mal gré le témoignage des hommes par la radio, les journaux, la télévision, les rapports confidentiels ou les notes secrètes. Pourquoi ne recevrions-nous pas le témoignage de Dieu beaucoup grand, vaste et élevé ? Au verset 10 Jean établit un contraste entre la foi et l'incrédulité, et au verset 11 il résume brièvement la bénédiction accordée au croyant qui reçoit le témoignage de Dieu. Si au verset 9 l'accent est mis sur un témoignage objectif, ici l'accent est mis sur un témoignage subjectif, celui que le croyant reçoit en lui-même, dans son propre coeur. Ces deux témoignages se complètent. Ainsi, nous constatons que Dieu ajoute grâce sur grâce à celui qui croit en lui. L'apôtre ne parle pas ici des personnes qui sont naturellement pieuses, mais de celles qui ont la vie en Jésus-Christ, la vie éternelle reçue à la conversion, appelée à se développer et à prendre le dessus sur les penchants religieux. Il est impossible d'avoir la vie sans Jésus-Christ et il est impossible d'avoir Jésus-Christ sans la vie (v. 12).

Trois vérités importantes sont enseignées ici quant à la vie éternelle:
– C'est un don immérité et non un prix que nous avons gagné;
– Elle est trouvée en Christ parce que Dieu a donné son Fils pour cela;
– Ce don de la vie en Christ est une possession présente qui se prolongera dans l'éternité.

En deuxième lieu, l'assurance qui en résulte (5:13-17).
Au verset 13, Jean récapitule par les mots ces choses les thèmes qu'il a successivement abordés: la victoire sur le péché, la croissance dans la vérité, la pratique de la justice, l'amour des frères, le discernement des esprits, la foi qui triomphe du monde. Le chrétien qui prend au sérieux ces exhortations est établi dans son assurance de posséder la vie éternelle. Il n'est pas présomptueux, comme on le dit trop souvent, mais, attaché à la Parole de Dieu à laquelle il se soumet, il est hardi et vrai devant Dieu et devant les hommes. Il ne copie ni n'envie les autres et ne joue pas de rôle.

Un effet direct de cette assurance concerne la prière car nous lisons au verset 14: "Nous avons auprès de lui cette assurance que si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute". Jean a déjà parlé de la prière exaucée (cf. 1 Jean 3:22) en soulignant deux conditions essentielles: garder les commandements de Dieu et faire ce qui lui est agréable. Ici, il en ajoute une troisième : rechercher la volonté de Dieu. Ce point touche les fibres de notre sensibilité et met à nu les tensions de notre vouloir. Chers lecteurs, la prière n'est pas un moyen pour imposer notre volonté à Dieu, encore moins un système pour modifier la sienne à notre égard. Elle est le chemin qui mène à la révélation de sa volonté pour s'y conformer. John Stott a écrit: "Chaque vraie prière est une variation sur le thème Que ta volonté soit faite." Nous ne sommes pas appelés à convaincre Dieu ou à l'employer pour satisfaire nos ambitions personnelles, mais plutôt à découvrir le dessein de Dieu, la pensée de Christ, la direction de l'Esprit (cf. 2 Thessaloniciens 1:11; 1 Corinthiens 2:16; Actes 16:7-10) en lisant l'Ecriture, en la méditant, en la sondant et en l'appliquant. Cette recherche est parfois longue parce que nous ne voyons pas loin, alors que Dieu dans sa grandeur et sa souveraineté a une vue d'ensemble. Son regard embrasse toute l'éternité.

Au verset 15, l'apôtre poursuivant son développement, affirme que Dieu écoute celui qui demande quelque chose selon sa volonté. Quand on sait qu'il existe dans le monde des organismes d'écoute pour soulager temporairement les hommes de leurs peines trop lourdes à supporter, quel réconfort d'avoir dans le ciel un Père dont les oreilles sont attentives aux cris des justes (cf. Psaume 34:16), et dont le bras est puissant, la main forte, la droite élevée (cf. Psaume 89:14). Celui qui s'occupe de nos affaires les plus diverses, de nos problèmes les plus compliqués, de nos aspirations les plus profondes, répond à coup sûr à nos prières.

Ayant écrit d'une façon générale sur la prière exaucée (v. 14 et 15), Jean passe maintenant à un cas particulier (v. 16). Il conseille au croyant qui voit son frère commettre un péché de prier pour lui (et non de le juger), "afin que Dieu donne la vie à ce frère". La difficulté consiste à voir (comme en 1 Jean 3:17-18), car la piété égocentrique mène à l'isolement et à l'irréalité. Préoccupé par lui, dans l'indifférence, absorbé par ses tâches et endurci, le chrétien de cette espèce ne voit plus le frère qui souffre d'un point faible. La prière d'intercession est toujours active quand "la miséricorde triomphe du jugement" (Jacques 2:13).

Ce conseil est cependant accompagné d'un avertissement qui a posé bien des problèmes aux commentateurs. Quel est ce péché qui mène à la mort? Certains ont pensé au mensonge du type de celui d'Ananias et Saphira (Actes 5:1-11). D'autres, au jugement mentionné en 1 Corinthiens 11:30. Si l'on veut rester fidèle à la pensée de l'Epître, la réponse nous est donnée en 1 Jean 2:19; il s'agit du péché d'apostasie commis par des gens qui n'étaient pas nés de nouveau, ne croyaient pas et avaient rejeté le Seigneur volontairement (cf. Hébreux 6:4-6). Aussi Jean ne demande pas de prier pour ce péché-là.

Au verset suivant, il attire l'attention sur la gravité du péché parce que la nature humaine, tordue et pervertie, est prompte à profiter des appels à la miséricorde et à la compassion. Aussi, pour prévenir le péché de l'abus de la grâce, l'Ecriture dit formellement: "Toute iniquité est un péché" (v. 17), comme elle a dit auparavant: "Le péché est la transgression de la loi" (1 Jean 3:4). Le péché est une rébellion contre Dieu, une absence de frein intérieur, une désobéissance aux commandements de Dieu. En nos temps où la ligne de démarcation entre le bien et le mal s'efface, il est nécessaire de s'arrêter sur ces textes, afin de ne pas nous accommoder au péché. Si Dieu fait grâce au pécheur qui s'humilie, il hait le péché dans son essence et dans ses fruits.

2. Trois affirmations et conclusion (1 Jean 5:18-21)

La première:
"Nous savons que quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché; mais celui qui est né de Dieu se garde lui-même, et le malin ne le touche pas" (v. 18). Ce verset est un écho de 1 Jean 3:9 avec quelque chose en plus, un élément personnel et actif: "Il se garde lui-même". Dieu, qui a sauvé l'homme de la perdition par le don de son Fils unique, attend du racheté qu'il se conduise en responsable et fasse sa part sur le chemin de la sainteté. Il lui laisse le soin de mettre en ordre des situations qui ne l'honorent pas, de dénoncer des faux accords dont il n'est pas l'auteur. La puissance de Dieu est libérée au moment où il agit dans ce sens (cf. Philippiens 2:12-13), et ainsi "le malin ne le touche pas", dans une autre version "le malin n'a pas de prise sur lui".

La deuxième:
"Nous savons que nous sommes de Dieu, et que le monde entier est sous la puissance du malin" (v. 19). Jean n'emploie pas un langage à l'eau de rose pour dépeindre le monde qui a crucifié le Seigneur Jésus. En théorie nous acquiesçons à cette définition, mais aujourd'hui les paroles et les images transmises par les mass média ont un pouvoir soporifique et déformant. Le chrétien doit en tenir compte pour démêler, différencier et séparer ce qui vient du monde et ce qui vient de Dieu, selon la parole de Paul: "Examinez ce qui est agréable au Seigneur; et ne prenez point part aux oeuvres infructueuses des ténèbres, mais plutôt condamnez-les" (Ephésiens 5 :10-11).

La troisième:
"Nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu, et qu'il nous a donné l'intelligence pour connaître le Véritable; et nous sommes dans le Véritable en son Fils Jésus-Christ. C'est lui qui est le Dieu véritable, et la vie éternelle" (v. 20). L'Evangile n'aliène pas l'homme, comme le dit Marx. Ce n'est pas non plus un support psychologique pour les faibles, selon Nietzsche. Dieu a créé l'homme, individu unique, et à celui qui croit au Fils de Dieu, il a donné l'intelligence pour connaître le Véritable. Celle-ci, avec ses capacités de jugement, de comparaison, et d'évaluation, est un merveilleux don de Dieu. Dans la mesure où nous l'employons pour Le connaître, nous affermissons notre communion d'esprit et nous échappons à un intellectualisme stérile.

L'épître finit sur une dernière note:

"Petits enfants, gardez-vous des idoles" (v. 21). Jean ne termine pas à la manière de Paul qui adresse des salutations et mentionne la grâce du Seigneur Jésus-Christ. Après tout ce qu'il a dit, il exige une grande authenticité de la part du croyant. Cette mise en garde sur ce qui peut prendre le coeur et se substituer à Dieu nous frappe de plein fouet en ce XXe siècle où tous les repères solides disparaissent. Nous avons un Dieu jaloux qui ne supporte pas une double appartenance et son amour inépuisable ne souffre aucune restriction.

Au terme de cette étude, je vous fais remarquer l'actualité de la Parole de Dieu qui a toute capacité pour éclairer, conduire et transformer le croyant qui veut vivre son christianisme avec une foi sincère et une bonne conscience.

Philippe Favre

 


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