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Juif errant... Juif héraut

Première partie: De Lodz à Sidi-Bel-Abbès, un curieux chemin de Damas

Chapitre 3

Peu avant la Grande Guerre, en 1914, Maman nous avait quittés, avec ma soeur Rachel-Léa. Son père lui avait trouvé un mari! Grand-Père Zelik était marchand de bestiaux dans un village de la province de Kielce, à Kazimierz-Wielki. Il était en contact avec un homme de la même profession, veuf depuis peu, et père de six enfants. Sa femme était morte juste après l'accouchement du petit dernier.

Il fut donc convenu que ma mère irait rencontrer cet homme, et s'il lui plaisait, qu'elle se marierait sans trop tarder! Ce qu'elle fit d'ailleurs, dans les mois qui suivirent son départ. Elle dut s'occuper de sa nouvelle famille, mais l'aînée des filles avait vingt ans et n'acceptait guère la présence d'une inconnue, rivale dans le rôle maternel qui lui était jusqu'alors échu: le plus jeune des enfants fêtait tout juste son premier anniversaire... Ils s'installèrent à Dzialoszyce, un village voisin de Kazimierz-Wielki. Je restais donc seul avec mon oncle Joseph et Tante Kaïla, à Lodz.

L'été venu, mon oncle m'accompagna en train jusqu'à Kielce. Après une nuit agitée dans un hôtel, Joseph me fournit des indications pour me rendre, à pied, jusqu'à Dzialoszyce. Plusieurs dizaines de kilomètres. J'avais dix ans...

Je marchais sans trop de peine, malgré la chaleur étouffante, orageuse, si fréquente à cette époque-là. Je quittai Kielce et ses maisons basses, ses hauts trottoirs de bois conçus pour éviter de patauger dans la boue. Le paysage se modifia: autour de la ville, les collines boisées étaient peuplées de grands dépôts de bois, de fours à ciment, et de carrières. Puis j'avançai par courtes étapes, vers le sud, sur cet immense plateau de la "Petite Pologne" qui s'étendait au nord vers la "Grande Pologne", la vraie plaine (le mot "Pologne" signifie "Plaine"). Lodz marquait la transition entre les deux régions. Mais plaine ou plateau, la différence était minime: notre pays était désespérément plat, d'une monotonie irritante; des étendues sablonneuses et tourbeuses à peine brisées par quelque mamelon isolé, ou par un coteau aux versants adoucis comme à Kielce, et ceci jusqu'aux contreforts plus accidentés des Carpates, tout à fait au sud!

Je longeai d'abord la Nida, un affluent de la Vistule, le long fleuve qui parcourt plus de mille kilomètres avant de se jeter dans la Baltique, à Dantzig (Gdansk) au nord. Je contemplais d'immenses champs de seigle, de blé, d'avoine et d'orge où les moissonneurs s'affairaient encore. D'autres champs verdissaient et coloraient cette morne campagne: les feuilles de centaines de milliers de betteraves s'épanouissaient lentement. Des vaches et des chevaux pâturaient dans des prairies drainées par les abondants cours d'eau qui les bordaient. Quelques bouquets d'arbres rompaient cet enchevêtrement de minuscules parcelles morcelées, des pins et des sapins sur les rares hauteurs, ou des chênes et des hêtres blottis au fond d'un vallon. Ailleurs, de maigres landes couvraient les lieux délaissés par les hommes. Au printemps et au début de l'été, lorsque les eaux grossissaient, il n'était pas rare de voir, sur les rivières, d'immenses trains de bois coupé dans les forêts du sud-est. Ils rejoignaient la Vistule, et gagnaient ensuite le nord du pays, sous la conduite d'hommes (des Juifs souvent), passés maîtres dans cet art – difficile et risqué – de maîtriser (et de vendre!) ces immenses radeaux capricieux: s'ils échouaient sur une berge lors d'une crue, c'était parfois irrémédiable.

Chaque jour, je m'arrêtais chez des Juifs dont on m'avait donné l'adresse. Chez l'un d'entre eux, je fus dévoré par les punaises tout au long d'une nuit mémorable! Je visitai ainsi plusieurs shtetl, des villages, où la population juive était nombreuse, voire majoritaire. Certains shtetl étaient coupés en deux, souvent par un minuscule cours d'eau: d'un côté les Juifs, de l'autre les chrétiens. Mais ailleurs, les populations étaient généralement mélangées. A la différence des Polonais, les Juifs ne travaillaient jamais le sol, ou très rarement. Ils étaient commerçants. Dans les bourgades, nous pouvions voir ainsi de nombreux boutiquiers juifs revêtus de l'éternelle lévite noire, et de la casquette à visière! Ils vendaient de tout, comme dans les rues de Lodz, mais à une clientèle plus réduite, hélas misérable en bien des lieux. Il n'était pas rare de voir des enfants pieds nus dans la boue; quand le froid arrivait, ils enroulaient des sacs de pommes de terre, en toile, autour de leurs pieds gelés...

Il était facile de repérer les boutiques polonaises, pour la plupart surmontées d'une petite statue de la vierge noire de Czestochowa – ces "idoles" nous dégoûtaient – éclairée par une ampoule électrique; quand l'électricité arrivait jusque là... Les trottoirs n'existaient pas, ou peu, et les jours d'orage, la boue collait irrémédiablement à nos chaussures. Par bonheur, et contrairement aux idées reçues, il ne pleut pas plus dans le sud de la Pologne qu'à Paris! Et si le ciel est souvent gris, les hivers très froids, les pluies – certes efficaces! – sont relativement espacées.

J'arrivais à Dzialoszyce au mois d'août, peu avant le jeûne de Tishebov (Tisha be Av), jour de commémoration de la double destruction du Temple de Jérusalem par les Baby- loniens et par les Romains, à six siècles de distance. Je croyais passer mes vacances chez ma mère, et revenir ensuite à Lodz où m'attendaient Joseph et Kaïla: sans enfant à la maison, après tant d'années de vie commune avec nous, la solitude s'ajoutait à leur désespoir. Il était d'ailleurs convenu, d'un avis unanime, que ma place était chez eux. Nous considérions cela comme normal, à cette époque, qu'un enfant soit élevé chez son oncle, et non seulement par sa mère. Il faut ajouter que les ressources des uns et des autres étaient restreintes; et l'on partageait au mieux. De plus, je devais reprendre l'école, car il n'en existait aucune dans le shtetl où vivait ma mère, ni dans les environs immédiats. C'était un argument décisif!

Je ne sus jamais rien des sentiments de ma mère sur cet arrangement. Mais comme toute mère, son coeur saignait pour ses enfants. Elle n'eut d'ailleurs jamais à en éprouver la réalité: en septembre 14, la guerre éclata. Je fus obligé de rester chez Maman, et ce dilemme, s'il en fut un pour elle, ne se posa dès lors plus jamais. La guerre allait cependant ravir ma chère mère, comme des millions d'être humains à travers le monde. La guerre...

La Pologne n'existait plus en tant que telle depuis deux siècles. Elle fut d'ailleurs le champ de bataille privilégié des peuplades slaves, germaniques et scandinaves, tout au long de l'histoire. Partagée entre la Russie, l'Allemagne et l'Autriche, elle connut un sort misérable durant la première guerre mondiale. Les jeunes Polonais se retrouvèrent ainsi mobilisés dans des armées différentes, et furent contraints de se battre contre leurs anciens compatriotes.

De la fenêtre de notre maison, nous pouvions voir passer les soldats, et parfois des chevaux sans cavalier... Un jour, un contingent de Cosaques – russe donc – vint frapper à notre porte. Nous les connaissions pour être très violents, et antisémites. Aussi ne nous leur ouvrîmes pas. Qu'à cela ne tienne! Ils défoncèrent la porte, pillèrent toute la nourriture, saccagèrent notre mobilier, heureusement sans porter la main ou les armes contre nous. Peu après, nous avions à peine réparé les dégâts, un régiment de Tatars – russe également – s'abattit sur la contrée. Ils nous confisquèrent purement et simplement la maison, et nous dûmes nous réfugier ailleurs.

Quelques semaines plus tard, nous étions à peine revenus dans notre demeure quand des soldats allemands se présentèrent devant notre porte! Ils frappèrent poliment, et demandèrent l'hospitalité avec une courtoisie et une amabilité sincères. A cette époque, ces Allemands ne manifestèrent aucun sentiment antisémite envers nous, en dépit d'une ardente propagande déjà sensible en Allemagne. Au contraire, ils nous protégeaient contre d'éventuels ennemis! L'officier qui logeait à la maison nous prenait sur ses genoux, nous racontait des histoires, nous montrait ses armes, nous offrait du chocolat! En août 1915, lorsqu'ils occupèrent Varsovie, certains Allemands protégèrent même les Juifs. Comment pouvions-nous imaginer qu'à peine trente ans plus tard, ils seraient les bourreaux les plus terrifiants de l'histoire de l'humanité, que dans ce même ghetto ils donneraient l'assaut final pour en anéantir tous ses habitants?

Vers la fin de l'année 1914, Maman tomba malade. Choléra. Elle fut emportée par l'épidémie, comme des milliers d'autres tout autour de nous, en quelques jours où elle connut d'ultimes et éprouvantes souffrances. Elle avait tout juste eu la joie de donner un premier et dernier enfant à son nouveau mari...

La guerre semblait s'éterniser. Je n'allais plus à l'école depuis deux ans quand, en 1916, mon cher Grand-Père Zelik vint nous chercher pour nous recueillir chez lui. Nous déménageâmes donc, ma soeur et moi, une fois de plus.

Le village de mon grand-père ressemblait beaucoup à celui que nous venions de quitter: mêmes maisons d'un étage, souvent en bois, blotties les unes contre les autres et divisées en "appartements" exigus, mêmes toits de chaume, ou en bois, mêmes porches donnant accès à une cour, et aux écuries attenantes, mêmes rues aux délimitations approximatives! Zaïde et Bube (Grand-Père et Grand-Mère) vivaient là avec deux enfants. D'un premier mariage, mon grand-père, Zelik, avait eu trois enfants: ma mère, Tante Kaïla, et Aaron, qui vécurent tous les trois à Lodz. Il s'était remarié après la mort de ma grand-mère, avec une brave femme que nous appelions, en yiddish, Bube, Grand-Mère. Ils avaient eu trois enfants, dont deux demeuraient encore chez eux à l'époque où je vins avec ma soeur.

De notre séjour à Kazimierz-Wielki, je garde quelques souvenirs poignants: la chèvre dont je fus l'heureux propriétaire (et qui me suivait partout comme un jeune chien!); les veaux que nous pesions avec mon grand-père, avant de les vendre et de les mener au sho'het, le boucher juif, seul habilité pour mettre à mort les animaux d'après nos lois talmudiques. Pour être sûr de le déclarer "cacher", il fallait que l'animal soit égorgé d'une certaine manière, que ses nerfs sciatiques soient excisés, et que la viande découpée soit encore salée pendant une demi-heure, puis lavée à grande eau avant d'être cuite, afin d'en extraire le sang. Mais juste après la mise à mort de l'animal, le sho'het prélevait soigneusement les poumons de la bête, soufflait dedans comme dans un ballon, et les observait attentivement: si une seule tache apparaissait, la viande était déclarée impropre à la consommation. Nous la revendions alors aux Polonais!

Un jour, un ami donna une caille vivante à mon grand-père. Cela représentait un mets de choix! Aussi Zaïde Zelik me confia-t-il la douloureuse mission de porter la caille chez le sho'het, afin qu'elle soit mise à mort selon les règles talmudiques. J'étais jeune encore, et je supportais mal tous ces abattages d'animaux. Je me refusais donc de porter l'oiseau chez le boucher; je redoutais de le tenir dans mes mains! Mais Grand-Père glissa la caille dans un sac, et je dus me soumettre à son désir. Pendant le voyage, la pauvre caille s'étouffa dans le sac que je gardais soigneusement fermé, de peur que l'oiseau ne s'envolât. Quand je la présentai au sho'het, elle était déjà morte. Il me renvoya, l'air mécontent. Grand-Père Zelik était plutôt doux de nature, mais je me souviens quand même des mouvements de sa longue barbe grise qui oscilla au rythme de ses paroles furieuses, et surtout de la spectaculaire fessée que le vieil homme m'infligea, quand je revins à la maison avec la pauvre caille étouffée, et donc... immangeable!

J'avais un bon ami à Kazimierz-Wielki: c'était le fils du cordonnier. Son père était sioniste, depuis qu'un groupe de Hovevei Zion, les amants de Sion, était passé dans notre village. On parlait alors beaucoup, depuis les pogromes des années 1880, d'un retour et d'un établissement possibles en Palestine, sur la terre de nos ancêtres. Des centaines, puis des milliers de Juifs polonais, russes, et de toute l'Europe centrale, avaient émigre pour créer des colonies agricoles. Ils avaient cultivé des terres arides et incultes, affronté la malaria qui sévissait dans les zones marécageuses, défendu leur vie... En 1909, ils avaient même fondé une ville, là où n'existaient jusqu'alors que des dunes de sable, une ville au nom poétique et prometteur: Tel-Aviv, la colline du printemps.

Forts de tous ces succès, les sionistes intensifiaient la propagande dans les pays d'Europe et aux Etats-Unis. Ils avaient reconnu leur chef de file en Théodore Herzl, un journaliste autrichien qui voua sa vie à cette cause: en poste à Paris lors de la fameuse affaire Dreyfus, il avait compris que l'antisémitisme demeurait latent dans les consciences, même dans le pays des Droits de l'homme, en France. L'idée avait donc germé en lui que seul un foyer national, en Palestine si possible, apporterait une réelle solution au douloureux problème qui agitait notre peuple depuis tant de siècles. Herzl disparut prématurément, l'année de ma naissance, usé par un incessant labeur. Mais le mouvement sioniste continuait. Mon ami ne cessait d'en parler, dans son village de Pologne! Partout, le sionisme faisait de nouveaux adeptes: des jeunes hommes et femmes partaient, des moins jeunes aussi, dans l'espoir de recréer là-bas une société idéale. L'attrait de la vie communautaire, de la ferme collective, du partage des biens et des bénéfices, était extrêmement puissant chez des gens jusqu'alors confinés dans une réelle misère sociale. On croyait aussi à une sorte de rédemption par le travail de la terre, à l'instar de quelques penseurs russes de l'époque.

Trois catégories de Juifs vivaient alors en Pologne: les plus religieux demeuraient scrupuleusement attachés aux valeurs traditionnelles. Mais dans ce monde religieux, une fracture très profonde s'était opérée deux siècles auparavant. Les trop nombreuses références à la mystérieuse et occulte Cabale, l'exubérance et la piété populaires des 'hassidim, avaient gêné les partisans du Gaon de Vilna, un célèbre rabbin plus attaché aux seuls Talmud et habituels commentaires rabbiniques. Avec le recul (j'étais autrefois trop jeune pour en juger!), je crois que ma famille, à Lodz, s'apparentait davantage à ces "mitnaguedim", les opposants, influencés jadis par le Gaon de Vilna, et peu enclins à verser dans les spéculations ésotériques, ou les interprétations propres à la Cabale. La cassure, beaucoup moins nette à mon époque, continuait de diviser en partie les Juifs pieux, même si le 'hassidisme avait fini par prendre une place prépondérante.

Ce mouvement très populaire n'était pas homogène. Les 'hassidim se regroupaient autour de leurs rabbins, ou des tsadiks, des "justes" – des hommes considérés comme des saints –, qui constituèrent bientôt autant de véritables dynasties: les fils remplaçaient naturellement leurs pères quand ils venaient à mourir. Cela prenait parfois des dimensions extraordinaires, et l'on prêtait volontiers aux rabbins ou aux tsadiks un pouvoir quasi miraculeux, ou tout au moins un rôle juridique incontesté: c'était le rabbin qui tranchait en cas de conflit, qui donnait son opinion sur un mariage, qui "prédisait" telle bénédiction sur ceux qui le consultaient. Même ceux qui doutaient d'un tel pouvoir aimaient à se prêter au jeu, au folklore de leur tradition. Certains d'entre eux émigraient aussi en Israël, en nombre assez restreint, et sans adhérer au mouvement de Théodore Herzl.

Un deuxième courant s'opposait, en général avec détermination, à ce comportement traditionnel. Avec l'essor de l'industrialisation, le monde ouvrier s'était considérablement développé. Bientôt, les idées socialistes pénétrèrent les classes les plus défavorisées par l'intensification des moyens de production. Les Juifs d'Europe centrale constituèrent leurs partis et leurs syndicats: le Bund, le Poaleï Tsion, l'Agudat Israël... Par réaction, et sous l'influence du matérialisme prêché par Marx, ils abandonnèrent toute pratique religieuse. Pour une large part, ce sont aussi ces idées nouvelles, les principes naissants du Socialisme, qui accompagnèrent les premiers colons juifs sionistes sur la terre d'Israël.

Le troisième groupe cherchait à s'intégrer définitivement à la société bourgeoise de leur pays d'accueil. Ceux-là réussissaient fort bien; ils étaient souvent riches et suscitaient la méfiance, la suspicion, la jalousie de leurs pairs non-juifs. On put dire, dans une certaine mesure, qu'ils furent sans doute pour beaucoup dans l'animosité qui agita les Russes et les Polonais, et qui conduisirent ces derniers jusqu'aux violences que nous évoquions plus haut. D'où une certaine déception d'ailleurs, devant l'échec de leur philosophie des "Lumières", pour ces Juifs en mal d'assimilation. Mais les plus riches finançaient de nouvelles initiatives sionistes!

Bientôt, la famille de mon ami émigra à son tour vers le paradis sioniste. D'autres lui préférèrent l'Amérique... Je crois que c'est à ce moment-là que l'envie de partir germa doucement en moi. Mais je me trouvais bien chez Zaïde et Bube! Et je n'avais pas le choix, j'étais jeune encore.

Chez nous, sans être aveugle, la religion conservait toute sa rigueur, sa saveur aussi. Comme à Lodz, nous fêtions les mêmes événements: la Pâque, la délivrance d'Esther, le séjour d'Israël dans le désert sous les tentes, les "jours redoutables" de Rosh Hachanah, notre nouvel an, et Yom Kippour, le Grand Pardon. Ce jour-là, ébranlé par l'appel vibrant et sonore émanant d'une corne de bélier appelée "shofar", je pleurais sincèrement sur mes fautes. Le shofar évoquait aussi le bélier sacrifié par Abraham, à la place d'Isaac. Je ne me souviens pas d'avoir accompli ces rites, ce jeûne, avec une humiliation feinte, ou par obligation. L'émotion nous étreignait : les hommes revêtus de leur kitl, une longue tunique blanche qui leur servira de linceul au jour de leur mort, les taleth, les châles de prière qui couvraient toutes les épaules et les têtes, la grande bougie prévue pour brûler au moins vingt quatre heures, et qui se consumait lentement, le 'hazane qui chantait, d'une voix de ténor, solennelle, la prière d'annulation des voeux (Kol Nidreï), tout cela nous maintenait dans une atmosphère que seul ce moment-là pouvait recréer.

A Kazimierz-Wielki, l'année de mes treize ans, je devins Bar-Mitsva. J'étais désormais responsable devant Dieu de tous mes agissements. Il m'était bien difficile de prononcer, ou de comprendre, ces paroles du Moussaf de Rosh Hachana, cette prière: "... A cause de nos fautes, nous avons été exilés loin de notre pays...", ou celle de Yom Kippour: "... Notre Dieu et Dieu de nos pères, que notre prière parvienne jusqu'à toi, ne rejette pas notre supplication... nous avons péché...", et une longue suite d'aveux suivait ces terribles paroles, en implorant cependant le pardon et la bienveillance du Tout-Puissant.

 


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