Le deuil fait partie de nos vies, mais il ne doit pas être synonyme de désespérance. Et si, au cœur même de nos pertes, une présence pouvait peu à peu transformer le vide en espace de consolation et d’espérance ?
Pensée du mois de septembre
Le deuil est un long chemin de retour à la vie.
- Anonyme
Rachel pleure ses enfants et n’a pas voulu être consolée, parce qu’ils ne sont plus.
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L’enfant qui vient au monde ne le sait pas encore, pourtant, il vient de vivre sa première expérience de deuil. Il dit au revoir au monde « aquatique » où la faim, la soif, la brulure du soleil, la solitude n’existent pas.
Si à la loterie-mystère de la naissance, il a — comme moi — tiré un billet gagnant qui offre une nation prospère, en paix, une famille aimante, il lui faudra plusieurs années avant de réaliser que le deuil est le compagnon de voyage des humains.
Le deuil de l’enfance, de la jeunesse, d’une forme d’innocence, d’une bonne santé, touche — plus ou moins violemment — chaque personne sur notre planète, mais certains, très jeunes, perdent beaucoup plus.
Ils doivent abandonner leur pays, leur famille, leur langue maternelle, leur liberté, toute forme de sécurité, de satiété, d’accueil, de bienveillance… c’est le lot de millions de migrants, qui, jour après jour sont propulsés sur les routes de l’exil par la guerre, la faim, l’extrême pauvreté…
Ces bouleversements sont, la plupart du temps, la conséquence des agissements irresponsables de celles et ceux qui possèdent beaucoup plus, par la folie meurtrière des « Puissants » et l’avidité sans limites de quelques « Super-Riches », qui détiennent le super pouvoir de détruire des millions de vies.
Et même si nous faisons partie des privilégiés, le deuil nous suit comme notre ombre. Nous ne pouvons éviter les pertes, il est cependant possible d’apprendre à vivre nos deuils plutôt que de les subir, les fuir, tenter de nier leur existence.
Quelle que soit l’origine, le degré de violence de nos pertes, elles provoquent en nous, un arrachement, une amputation, elles laissent un espace vide et douloureux… une double peine, l’absence irrémédiable de ce qui a disparu, et la béance causée par ce départ.
Nous ne devrions pas confondre les deux, même si les souffrances se mélangent pour n’en former qu’une.
En laissant le temps agir, en respectant les étapes incontournables du deuil — le rythme et la durée de ces périodes sont personnels — la plaie se fera cicatrice, visible, sensible, mais de moins en moins douloureuse. Vouloir prendre des raccourcis ne sera ni efficace ni bénéfique, le prix du temps n’est pas négociable dans une autre monnaie.
Il en va tout autrement pour la deuxième cause de souffrance, le vide. Il peut être comblé par une présence. Ce n’est pas une trahison, un oubli de l’objet de notre perte. Ce n’est en aucun cas un remplacement. Cela ne supprime, ni ne raccourcit le temps du deuil, simplement, la souffrance est habitée.
L’évidement provoqué par la perte devient un récipient. Cela donne tout son sens à la magnifique déclaration de Paul Claudel : le Christ n’est pas venu enlever la souffrance, il n’est même pas venu l’expliquer, il est venu la remplir de sa présence.
C’est en cela que les épreuves peuvent être considérées comme des enrichissements. Attention ! Il n’est absolument pas question de chercher la souffrance, ou d’y attribuer des mérites, une forme d’échange, de compensation. Mais il est possible d’expérimenter au plus profond de la peine, la conscience d’une présence inattendue. Elle n’annule pas la douleur, n’est pas un anesthésiant, mais un improbable attelage dans lequel souffrance et paix tirent ensemble sous le même joug, ils cheminent côte à côte pour gravir les collines de la consolation.
Lorsque le temps aura fait son œuvre — non pas d’oubli, mais d’apaisement — il restera un contenant précieux, un espace qui n’est plus douleur, mais qui a agrandi notre capacité — dans le sens littéral du mot — pour recevoir la présence de celui qui nous a fait la promesse inébranlable de ne jamais nous quitter…
Que l’Esprit de consolation puisse être accueilli dans les cavités les plus intimes de nos vies, là où il n’a pas encore accompli toute son œuvre de restauration, que le baume de sa paix soit notre compagnon sur ce long fleuve d’intranquillité… presque heureuse.
Philip
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© Tous droits réservés : Philip Ribe
Titre original de cette méditation : « La vie est un long deuil intranquille… »