Tout mon courrier déborde au seuil de ton pavillon, on doit être hors-saison…
- F. Cabrel
Il y a une saison pour tout, et il y a un temps pour toute affaire sous les cieux.
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Nous sommes, nous les humains, un étrange mélange, une sorte d’émulsion unissant la glaise et l’esprit, le tangible et l’invisible, le temporel et l’éternel. Le temps — cet insaisissable ingrédient qui entre dans notre composition sans que nous ne puissions jamais le cerner — fait de nous des êtres soumis aux saisons.
Je ne pense pas ici aux quatre saisons mises en musique par Vivaldi ni aux grandes saisons de l’existence que sont l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte, la vieillesse.
Évidemment, elles existent et influent sur notre parcours, mais au sein même de ces grandes périodes, il y a d’autres saisons, liées à notre intériorité, nos choix, nos circonstances de vie. Ce sont des saisons que nous sommes souvent les seuls à percevoir.
Les paroles du morceau « Hors-saison » évoquent avec une lenteur poétique et mélancolique une ville balnéaire durant l’hiver, tout ce qui faisait son charme à la belle saison est à présent source de désolation, parle d’abandon. La dernière phrase nous révèle en quelques mots l’intention réelle de l’auteur : dans leurs relations, les humains aussi peuvent être, l’un pour l’autre, « hors-saison ».
Les affirmations de l’Ecclésiaste soulignent cette même réalité au fil de sa belle énumération de saisons de vie et de leurs antithèses : une saison pour planter, une pour arracher, une pour embrasser, une autre pour s’éloigner, une pour déchirer, une pour réparer, une pour naître et une pour mourir…1
L’existence n’est pas une longue ligne droite, constante, prévisible et régulière. Elle est composée de tranches successives différentes les unes des autres. Nous en attendons ou redoutons certaines, mais il y a aussi celles qui nous surprennent et nous projettent sur des rivages inconnus, agréables ou effrayants.
Il me semble important, pour notre équilibre intérieur, notre bon développement, d’être capable de discerner la saison que nous traversons afin d’en tirer profit ; l’accueillir plutôt que l’affronter, y faire face sans fuir dans le déni. Nous ne choisissons pas la saison dans laquelle nous sommes, mais nous pouvons décider de notre attitude pour l’appréhender.
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