12 mars 2026

Comprendre et accueillir les saisons de nos vies… Ne pas vivre hors-saison | mars 2026

Tout mon courrier déborde au seuil de ton pavillon, on doit-être hors-saison…
F. Cabrel
Il y a une saison pour tout, et il y a un temps pour toute affaire sous les cieux.
Ecclésiaste 3:1

Nous sommes, nous les humains, un étrange mélange, une sorte d’émulsion unissant la glaise et l’esprit, le tangible et l’invisible, le temporel et l’éternel. Le temps — cet insaisissable ingrédient qui entre dans notre composition sans que nous ne puissions jamais le cerner — fait de nous des êtres soumis aux saisons. 
Je ne pense pas ici aux quatre saisons mises en musique par Vivaldi ni aux grandes saisons de l’existence que sont l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte, la vieillesse. 
Évidemment, elles existent et influent sur notre parcours, mais au sein même de ces grandes périodes, il y a d’autres saisons, liées à notre intériorité, nos choix, nos circonstances de vie. Ce sont des saisons que nous sommes souvent les seuls à percevoir.
Les paroles du morceau « Hors-saison » évoquent avec une lenteur poétique et mélancolique une ville balnéaire durant l’hiver, tout ce qui faisait son charme à la belle saison est à présent source de désolation, parle d’abandon. La dernière phrase nous révèle en quelques mots l’intention réelle de l’auteur : dans leurs relations, les humains aussi peuvent être, l’un pour l’autre, « hors-saison ».

Les affirmations de l’Ecclésiaste soulignent cette même réalité au fil de sa belle énumération de saisons de vie et de leurs antithèses : une saison pour planter, une pour arracher, une pour embrasser, une autre pour s’éloigner, une pour déchirer, une pour réparer, une pour naître et une pour mourir…1
L’existence n’est pas une longue ligne droite, constante, prévisible et régulière. Elle est composée de tranches successives différentes les unes des autres. Nous en attendons ou redoutons certaines, mais il y a aussi celles qui nous surprennent et nous projettent sur des rivages inconnus, agréables ou effrayants.

Il me semble important, pour notre équilibre intérieur, notre bon développement, d’être capable de discerner la saison que nous traversons afin d’en tirer profit ; l’accueillir plutôt que l’affronter, y faire face sans fuir dans le déni. Nous ne choisissons pas la saison dans laquelle nous sommes, mais nous pouvons décider de notre attitude pour l’appréhender. 

Dans sa lettre à l’église de la ville de Philippe, Paul écrit « j’ai appris en toutes circonstances à être content avec ce que j’ai. Je sais vivre dans le dénuement, je sais aussi vivre dans l’abondance. C’est le secret que j’ai appris : m’accommoder à toutes les situations et toutes les circonstances, que je sois rassasié ou que j’aie faim, que je connaisse l’abondance ou que je sois dans le besoin.2 »

Il n’est pas question, ici, de subir avec fatalisme ce qui nous arrive, mais d’avoir la sagesse, d’accueillir ce qui ne dépend pas de nous, et d’en tirer, si possible, quelque chose d’utile. 

Chaque saison contient des aspects bénéfiques, mais si je vis en permanence dans le regret des saisons passées ou dans l’attente anxieuse de celles à venir, je passe à côté du présent, avec tout ce qu’il a à m’offrir. 

J’ai besoin, sans que cela devienne une introspection accablante, de me questionner. 
— Suis-je conscient de l’existence de saisons dans ma vie ?
— Est-ce que je sais identifier celle que je traverse ?

Sans cette compréhension de la nature éphémère et personnelle d’une saison, je peux facilement tomber dans l’incompréhension de l’autre ou pire dans le jugement. 
Si je suis dans une saison contemplative, comment rencontrer celles et ceux qui sont dans une saison de bâtisseurs ? Quand ma priorité est de recoudre, comment accueillir la personne qui vit une saison où il faut déchirer ?
Mais n’oublions pas que ces saisons intérieures sont avant tout personnelles, intimes, ce sont les miennes.
Éclairé par Jésus sur la nouvelle saison qui s’ouvre devant lui, Pierre désire connaître celle qui attend son ami Jean. La réponse est limpide et sans appel : « Que t’importe ? Toi, suis-moi 3 ! »

Cet encouragement doit nous conduire à comprendre l’essentiel, quelle que soit ma saison de vie, ce qui compte c’est de la vivre pleinement, dans la conscience de la présence de celui qui m’a fait la promesse d’être avec moi chaque instant de chaque saison… et même au-delà.

Saisonnièrement vôtre,

Philip

_____________

1 Ecclésiaste 3:1-8
2 Philippiens 4:11-12
3 Jean 21:22

© Tous droits réservés : Philip Ribe

icon

Copyright © 2026 Bible ouverte
Site par Riven.ch