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Prédication de Christophe Argaud
Eglise AB-Servette

Les Dix Commandements

Méditation sur le décalogue – lecture d’Exode 20.1-17

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Les 10 commandments

Notes du prédicateur

Introduction

Pourquoi ce message sur le décalogue en 2019 ? Nous lisons que «la loi est accomplie en nous qui marchons par l’Esprit» (Ro 8.4), qu’est-ce que cela veut dire dans la pratique ? Comment pouvons-nous rendre ce texte plus concret ? Ces réflexions m’ont amené à creuser le décalogue pour discerner s’il nous concerne encore et comment il faut le vivre aujourd’hui.
La loi s’applique-t-elle au chrétien aujourd’hui ? Nous ne sommes plus «sous la loi» et en même temps n’est-il pas écrit que «pas un seul trait de lettre ne disparaîtra de la loi» ?
Dans un premier temps, je vous propose de comprendre dans quelle mesure la loi, en partie ou complètement, s’applique au chrétien aujourd’hui. Ensuite, nous nous pencherons sur la structure du décalogue, en étudiant les commandements l’un après l’autre pour voir comment chacun s’applique à notre temps.

Les dix commandements - prédication de Christophe Argaud

1. Dans quelle mesure la loi s’applique-t-elle à nous ?

Les 613 commandements de la Torah (selon les rabbins) nous concernent-ils ? Il convient d’abord de bien distinguer, comme l’ont fait d’ailleurs les réformateurs, trois aspects dans la loi: la loi cérémonielle (comment s’approcher de Dieu, de Lv 1 à Lv 17), la loi civile régissant les aspects de la vie communautaire du peuple d’Israël et la loi morale, comment vivre avec Dieu (ces deux facettes de la loi étant développées dans le deuxième livre du Lévitique - entre autres – les chapitres 18 à 27: comment vivre avec Dieu).
Une lecture des épîtres aux Romains, aux Galates et aux Hébreux nous convaincra assez rapidement que ce n’est plus la loi qui nous permet de nous approcher de Dieu, donc la loi dans son aspect cérémoniel ne s’applique plus au chrétien aujourd’hui, parce qu’elle a été accomplie en Christ. Cette loi, comme le dit Paul dans l’épître aux Galates, était en quelque sorte notre pédagogue jusqu’à Christ. Nous comprenons aisément que l’aspect civil de la loi n’est plus applicable à présent, par ex. la gestion de la propriété en relation avec le jubilé en Lv 25. Mais quand nous abordons les 10 commandements, par essence la loi morale, nous constatons que 9 sur 10 sont repris dans le Nouveau Testament, dont certains par Jésus et Paul (Marc 10.19; Romains 13.9).
Donc l’aspect moral de la loi, en particulier le décalogue, nous concerne bel et bien !

2. Comment le décalogue est-il structuré ?

Il y a deux jalons clefs dans la vie du peuple d’Israël et sa relation avec Dieu: La Pâque en Ex 12 et les commandements en Ex 20. L’Exode ne commence pas par le décalogue – 19 chapitres décrivent la personne et les œuvres admirables de Dieu, la délivrance de l’esclavage par le sang de l’agneau. Avant que Dieu ne donne ces commandements, Il rappelle qui Il est: «Je Suis». De même, Dieu nous a délivrés de l’esclavage du péché, nous a donné une espérance, et nous a ainsi fait «marcher la tête levée», comme cela est dit en Lv 26.13.
C’est parce que Dieu a libéré son peuple qu’Il est en droit, par sa nature et son acte de libération, d’énoncer des commandements pour son peuple. De même, pour nous Jésus-Christ est le plus digne d’être servi pour ce qu’Il est et a fait (cf. «Nous ne vivons plus pour nous-mêmes mais pour celui qui pour nous est mort et a été ressuscité» 2 Co 5.14-15).
Ces 10 commandements résument le livre de l’alliance développé dans Ex 20.18-23.33).
Les 5 premières paroles concernent notre relation à Dieu, avec une transition avec la 2ème partie faite par le 5ème commandement, les 5 paroles suivantes notre relation avec notre prochain.
Notre relation avec Dieu et celle avec notre prochain sont étroitement liées: Dès le début de la Genèse, nous constatons que la coupure d’une relation «verticale» avec Dieu en Gn 3 s’est ensuivie par le meurtre d’Abel en Gn 4 (la relation «horizontale» est touchée). Dans notre relation à Dieu, les cinq premiers commandements abordent son exclusivité, son image, son nom, son jour, et ceux qui nous ont engendrés à l’image de Dieu (cf. Gn 5.2-3).
Dans la relation au prochain les 5 commandements suivants commencent par le plus précieux (respecter la vie, avant l’intimité profonde, la propriété, la réputation, avec à la fin une interpellation sur le moteur d’une saine relation au prochain).
Si nous questionnions aujourd’hui «l’homme de la rue» sur une échelle de valeurs, nous aurions probablement l’ordre inverse, la propriété, la réputation en premier («tu ne répandras pas des fake news sur facebook à propos de ton prochain»), au lieu de l’adultère la liberté sexuelle serait invoquée, et l’idée de Dieu serait bien relative, voire absente.
Donc en premier lieu le décalogue nous fait revisiter nos priorités !

3. Commentaire détaillé:

La plupart des commandements sont formulés en «ne pas», mais nous pouvons également les lire en miroir, de manière positive.

I Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi

- «Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi»: cela peut paraître désuet, ou décalé - aurions-nous des idoles de bois ou de terre aujourd’hui ? Pourtant, en réfléchissant à ce qui peut occuper de manière lancinante nos pensées, notre temps, ce qui n’est pas négociable, nous voyons d’autres dieux venir dans nos vies: des passions légitimes qui prennent une place beaucoup plus grande qu’elles ne devraient, des personnes, des centres d’intérêt qui mobilisent notre énergie). L’expression «devant moi»  était employée quand quelqu’un prenait une deuxième femme alors que la première était encore en vie: d’où la «jalousie» du v. 5.
L’expression «Dieu jaloux»  marque «l’exclusivité», elle n’a pas le sens destructeur actuel. Dieu est jaloux, car Il nous aime d’un amour exclusif et veut être aimé de façon exclusive. L’accent est ensuite mis sur la bonté de Dieu, la 1000ème génération marque le fait qu’elle est sans limite.
Ce commandement exprimé de manière positive nous demande d’orienter toujours plus nos vies comme une boussole vers Dieu, vers le «nord» divin. Cela implique passer du temps en priorité avec Lui.

II Tu ne te feras pas de sculpture sacrée

- «Tu ne te feras pas de sculpture sacrée ni de représentation de ce qui est en haut dans le ciel»: Là aussi cela peut paraître désuet (on ne se reconnaît pas dans l’épisode du veau d’or dans Exode 32). Mais deux épisodes peuvent nous parler davantage – le premier en 1 Samuel 4.3 quand l’arche est invoquée de manière «magique» pour accompagner les Israélites, et au début du règne du roi Ezéchias quand le serpent d’airain est mis en pièces, alors qu’il était devenu un objet de vénération (cf. 2 Rois 18.4). Ainsi, en y réfléchissant un peu plus, nous pouvons tout à fait accorder une place démesurée à une délivrance que Dieu nous a concédée, à tel point que notre témoignage, notre vie chrétienne tourneront autour de cet épisode et ne seront plus centrés sur Dieu.
Vivre ce commandement de manière positive c’est louer Dieu pour ce qu’Il est.

III Tu n’utiliseras pas le nom de l’Eternel, ton Dieu, à la légère

- «Tu n’utiliseras pas le nom de l’Eternel, ton Dieu, à la légère»: Là aussi originellement cela pouvait s’appliquer à des serments prononcés (Lv 19.12), comme le rappelle Jésus dans le sermon sur la montagne par exemple (Mt 5.33-37). Maintenant, comment pourrait-om prendre le nom de Dieu en vain ? «Dieu m’a dit» Nous pouvons occuper une place, donner un poids à nos paroles qui ne nous appartient pas. Il y a des manières très subtiles comme moyen d’influence sur l’autre, moyen de se croire Dieu, de se croire infaillible. «Dieu m’a dit» dans les églises, c’est la manière moderne de prendre le nom de Dieu en vain.
Vivre ce commandement de manière positive c’est célébrer et méditer les noms de Dieu.

IV Souviens-toi de faire du jour de repos un jour saint

- «Souviens-toi de faire du jour de repos un jour saint»: dans la fresque de création des 6 jours, le repos de Dieu du 7ème jour, sans soir et matin d’ailleurs (mais là nous touchons un thème plus large), nous rappelle que la finalité de notre vie n’est pas dans l’action, mais dans la relation avec Dieu et que nous avons aussi besoin de temps de repos et de consacrer un temps / un jour à Dieu. Cela peut être de manière très pratique en ne regardant pas son smartphone un dimanche, ou en observant tout autre «jeûne» d’habitudes. C’est une manière de mettre ce temps à part pour Dieu, d’écouter Dieu, de rentrer en contact plus profondément par la louange, par la prière avec Lui.

V Honore ton père et ta mère

- «Honore ton père et ta mère»: Littéralement «Accorde de l’importance à», «donne du poids»: cela ne veut pas du tout dire d’obéir à tout âge à ses parents (il y a une période où les parents ont le mandat d’accompagner jusqu’à l’âge adulte – sinon il ne serait pas dit de quitter son père et sa mère), mais de peser en priorité ce que l’on a reçu et de les honorer.
L’homme quittera son père et sa mère, mais l’homme honorera son père et sa mère.
Cela fonde également une société où les cheveux blancs sont honorés.
Ensuite ceci s’applique naturellement dans le cas de parents aimants et «normaux»; c’est sans doute plus difficile si les parents ont été «toxiques», où un accompagnement pastoral est alors nécessaire.

VI Tu ne commettras pas de meurtre

- «Tu ne commettras pas de meurtre»: On voit ensuite que ces 5 commandements ont trait au prochain; ils vont depuis le plus important, la vie, l’adultère, les relations intimes, le vol, les possessions, le faux témoignage, la réputation, et ensuite le moteur de tout cela.
Le mot hébreu désigne ici le meurtre commis avec préméditation, l’assassinat. La vie est précieuse par-dessus tout, et cela fonde notre ligne de pensée sur le respect profond de la vie. Au niveau éthique, cela guide notre réflexion sur des thèmes – passés - comme l’IVG (en dehors des cas de détresse profonde, la pensée dominante de l’IVG est le «bien naître») ou l’euthanasie (en dehors également de cas de détresse profonde médiatisés comme Vincent Lambert en France, la pensée est alors le «bien mourir»). Les situations particulières doivent nous amener à du discernement et à la compassion. Mais, de façon générale, définir et maîtriser le « bien naître » ou le «bien mourir» est se mettre à la place de Dieu et reproduire le péché d’Eden. C’est dans ce sens que le « tu ne commettras pas de meurtre » doit nous toucher aujourd’hui.

Autre point, ce commandement n’est pas pour autant incompatible avec la possibilité pour un gouvernement d’administrer la peine capitale (cf. Romains 13), sans que ce soit systématique, et ouvre le débat par rapport à la légitimité des conflits armés.
Pour ces deux sujets j’aimerais juste faire une remarque et une réflexion:
* S’agissant des conflits armés, le mandat de conquête pour Israël a été limité dans le temps et dans le territoire (il ne s’agissait pas de «guerre sainte» expansionniste dans le monde entier). Aujourd’hui, notre lutte n’est pas «contre le sang et la chair, mais contre les puissances spirituelles de méchanceté» (Ephésiens 6).
* Quant à la peine capitale, il est intéressant de voir que Moïse et David, figures majeures de l’A.T., ont été épargnés, tout comme la femme adultère par Jésus en Jean 8. Cela montre bien la manière de vivre ces commandements: le théologien dira la vérité, posera les lignes éthiques, le pasteur exercera le discernement pour l’appliquer à chaque situation particulière et vivre la grâce. Tout comme Dieu, ayons l’aspect théologien et l’aspect pasteur.
Vivre ce commandement de manière positive, en étant des «porteurs de vie», c’est aussi dans nos paroles et attitudes – Pr. 15.4 «Une parole de guérison est un arbre de vie, tandis que la langue perverse brise le cœur».

VII Tu ne commettras pas adultère

- «Tu ne commettras pas adultère». De manière générale l’adultère n’est pas une «génération spontanée»: quand on y vient, cela veut dire que l’on a abaissé de nombreuses barrières de protection, soit par une addiction à la pornographie, soit en vivant l’un à côté de l’autre, soit en laissant la possibilité et le fantasme que ce pourrait être possible avec telle personne que l’on côtoie, etc… Là également, vivre le commandement de manière positive consiste à ériger des barrières de protection par l’attachement à son conjoint, à renoncer à des sites douteux, etc…

VIII Tu ne commettras pas de vol

- «Tu ne commettras pas de vol»: C’est un des commandements qui nous paraît le plus évident et le plus facile à mettre en pratique… Mais si nous allons plus loin, il nous interroge sur notre rapport à l’argent, à la propriété. Est-ce que nous pensons que «notre force et notre main nous ont acquis ces richesses» ? Avons-nous un cœur à donner régulièrement ? Comment l’argent nous lie-t-il ? De manière positive ayons à cœur d’être généreux, nous verrons Dieu à l’œuvre de manière étonnante !

IX Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain

- «Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain»: là encore cela nous paraît évident. A l’époque, au vu des peines judiciaires prononcées, un faux témoignage pouvait conduire à un assassinat si on témoignait par exemple qu’une personne avait blasphémé le nom de Dieu – c’est pour cela que les témoins étaient les premiers à exécuter la sentence. Aujourd’hui, que dire des réputations que nous pouvons construire ou détruire, en exagérant tel ou tel comportement, telle action – surtout sur les réseaux sociaux où des adolescents sont harcelés ! Le vivre de manière positive consistera à dire du bien de l’autre, à veiller à sa réputation, sans pour autant couvrir des domaines à régler quand il y en aura.

X Tu ne convoiteras pas / désireras pas

- «Tu ne convoiteras pas / désireras pas…»: L’ordre est inversé entre propriété et épouse en Dt 5. Dans le sens négatif la convoitise résume d’ailleurs l’effet de la venue de la loi en Romains 7.7, et se trouve être le moteur «négatif» qui pourrait nous empêcher de mettre l’ensemble des commandements en pratique !
Dans la BD «Obélix et compagnie», ils vont essayer d’affaiblir la vigilance de cette petite tribu de Gaulois en faisant produire quantité et quantité de menhirs en les entraînant dans le monde des affaires. C’est très intéressant et instructif. Ils se retrouvent donc avec un tas de menhirs incroyable et ne savent pas qu’en faire ! Cette BD décrit le comportement des personnes: les gens achètent ce qui est utile / ce qui est confortable / ce qui est amusant / ce qui rend jaloux les voisins. La convoitise est si actuelle !
Aujourd’hui, nous convoitons le smartphone, la voiture, la maison, le conjoint etc… Honnêtement, n’avons-nous pas jalousé des fois telle ou telle chose à côté de… ?
Soyons, comme aimait à le dire John Alexander, «toujours contents, jamais satisfaits», nous rappelant que cette loi, si elle nous sert de repère, ne saura être accomplie en nous que par l’Esprit de Dieu !

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