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Pierre et Malchus ou "Rapport de force"

Il y avait foule au bord du Jourdain où Jean baptisait ceux qui confessaient leurs péchés. Foule donc aussi à assister au baptême de Jésus et à entendre la déclaration du Père: «Tu es mon Fils bien-aimé». Il est certain que les participants d'une telle expérience n'allaient pas se taire mais raconter plus d'une fois les choses extraordinaires qu'ils avaient vues et entendues.

De bouche à oreille et très vite, la nouvelle avait parcouru le pays, suscitant étonnement et laissant augurer de nouvelles surprises. Où Jésus passait, il était bien reçu; lui et ses disciples étaient invités (Jean 2:2), hébergés. Même sans lui, les siens allaient être encore pour un temps l'objet d'un accueil chaleureux (Luc 9:2-4; Jean 4:45).

Jésus avait dit à Nicodème que si l'homme ne naissait de nouveau il ne pouvait voir Dieu, ni y entrer. Ne nous étonnons donc pas du fait que ceux qui avaient suivi Jésus mais ne croyaient pas en lui se soient retirés et l'aient abandonné (Jean 6:66). Ils ne comprenaient rien à ses paroles et plutôt s'en scandalisaient (Jean 6:42,52,60,61).

Devant ces abandons successifs, la question doit être venue à l'esprit de Pierre: est-ce que je fais bien de le suivre, de persévérer, ne ferais-je pas mieux de m'en aller également? Mais il avait résolu de persévérer, il savait pourquoi il le faisait. Il ne demandait pas des miracles mais se réjouissait de ce qu'il entendait car il savait bien que d'aucune autre bouche ne sortiraient des paroles aussi saintes et efficaces. Où Jésus passait, les démons se manifestaient. Et quand Pierre affirme: «Nous avons cru et... connu que tu es le Christ, le Saint de Dieu», il apprend qu'un démon est beaucoup plus près de lui qu'il ne le pensait (Jean 6:69-70), là, au milieu des douze.

Pierre se rendait bien compte que le climat changeait; l'accueil n'était plus si enthousiaste. Dans un certain village, on leur avait même refusé de passer la nuit. Le Seigneur les avait enjoints d'emmener le nécessaire à leurs déplacements, ne pouvant plus compter sur l'habitant (Luc 22:35-38). En chemin, Jésus leur révélait ce qui allait lui arriver: il serait livré aux principaux sacrificateurs et aux scribes qui le condamneraient à mort et le livreraient aux païens pour le faire mourir. Il le leur avait dit plus d'une fois. Et les disciples étaient troublés et le suivaient avec crninte (Marc 10:32-34). Déjà, alors que leur était parvenue la nouvelle de la maladie de Lazare et que Jésus avait déclaré son intention de retourner en Judée, les disciples avaient craint, disant: «Les Juifs tout récemment cherchaient à te lapider, et tu retournes en Judée» (Jean 11:8). A ce moment, il ne leur était rien arrivé; mais maintenant, ils se retrouvaient dans cette contrée. Que pouvait-il donc leur advenir cette fois, alors qu'ils étaient conscients de respirer une atmosphère toujours plus hostile ?

Quelques heures auparavant, pendant la célébration de la Pâque, Jésus les avait encouragés: «Vous, vous êtes ceux qui avez persévéré avec moi dans mes épreuves; c'est pourquoi je dispose du royaume en votre faveur» (Luc 22:28- 29). Mais maintenant, il venait de leur dire: «Il vous est avantageux que je m'en aille» (Jean 16:7), puis: «Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus» (v. 16). Même s'il avait dit: «Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai à vous» (Jean 14:18), cela ne laissait-il pas sous-entendre qu'ils le seraient au moins pour un temps? Il venait même de dire qu'ils seraient exclus des synagogues et que l'heure viendrait où on chercherait à les faire mourir (Jean 16:2). Quelles pensées agitaient l'esprit de Pierre? Si son bien-aimé Maître s'en allait, le laissant brusquement seul, livré à lui-même après trois ans d'un programme particulier, comment se réintégrerait-il dans la vie et surtout dans une société qui ne voulait pas de lui? Qui aurait résisté à de telles pressions? Qui n'aurait pas été stressé au plus haut point? Pierre n'était pas différent d'Elie avant lui, ni de Paul après lui, puissants serviteurs de Dieu et cependant hommes de la même nature que tous les hommes (Jacques 5:17; Actes 14:15).

Pierre était décidé à défendre son Maître. Il ne fallait pas qu'il lui arrive quelque chose qui déclencherait toute une suite de malheurs. La Bible tait quantité de détails qui ont certainement aggravé les pressions déjà insupportables qui agissaient sur Pierre. La journée avait été bien occupée, il était tard, il faisait nuit et les disciples tombaient de fatigue; ils s'étaient du reste endormis pendant que Jésus priait. Il n'y avait personne à qui faire appel en cas de danger. Et justement un grand danger s'annonçait. Le plus incroyable c'était que l'un des douze commandait cette multitude ennemie. Raison de plus pour venger Jésus de tant d'hypocrisie. Judas avait si bien caché son jeu que même pendant le dernier souper, personne ne s'était douté qu'il serait le traître (Jean 13:21-30), et il était là en personne, livré à Satan. Le prince de la vie (Actes 3:15) et le prince de la puissance de l'air (Ephésiens 2:2) sont face à face.

Mais laissons Pierre un instant et faisons la connaissance de Malchus.
Malchus était un serviteur du souverain sacrificateur (Jean 18:10). Qu'il l'ait servi en sa résidence particulière ou au sanhédrin, à combien de conversations sur Jésus Malchus n'a-t-il pas assisté? Dès le début de son ministère, Jésus était pour les pharisiens et leurs chefs un dangereux concurrent qu'il fallait chercher à éliminer. Tandis que Jésus parcourait la Galilée, les rapports merveilleux qui étaient arrivés à Jérusalem à son sujet n'avaient fait que renforcer l'idée que les chefs des Juifs nourrissaient de lui et le plan qu'ils fomentaient à son sujet (Jean 7:1).

Il n'est pas exagéré de penser que Malchus, respirant une telle atmosphère, ait été hautement contaminé. C'étaient ses supérieurs, son patron même qui parlaient ainsi. Ils devaient avoir raison. Tout était monté pour confondre Jésus et surprendre un mot qui serait motif suffisant pour le condamner et le faire mourir. Tout n'était que feinte, piège et ruse (Matthieu 22:15; Luc 20:19-20). L'occasion rêvée venait de se présenter. L'un de ses propres disciples avait promis de le livrer. Il fallait agir vite.

Une puissance diabolique animait les futurs auteurs du crime. A l'instar des disciples qui, au cours des mois, avaient appris à connaître leur Maître, à l'aimer et se révélaient prêts à le défendre en toute circonstance, Malchus avait appris, lui, à haïr Christ, à le détester souverainement. Il voulait être fidèle à son maître, le souverain sacrificateur, non seulement en épousant ses idées, mais en travaillant à leur réalisation. Et c'était l'heure de l'affrontement (Luc 22:47-53).

Il est fort possible que Pierre et Malchus, en vaillants défenseurs de leur maître respectif, se soient trouvés en tête de leur troupe. En un clin d'oeil, et sans attendre de réponse à la question: «Seigneur, frapperons-nous de l'épée?» (Luc 22:49), Pierre avait déjà coupé l'oreille de Malchus. Le Seigneur, dans sa suprême bonté, a-t-il encore dévié l'épée pour limiter les dégâts?

Considérons l'intervention spontanée de Jésus que ni Malchus ni Pierre n'avaient sollicitée. Quel amour le Sauveur manifeste envers ce serviteur du souverain sacrificateur en qui la haine excitait des querelles (Proverbes 10:12). Ce Malchus était ce que sa religion avait fait de lui, un adversaire convaincu du Fils de Dieu. Jésus savait que cet homme était victime du lavage de cerveau qu'il avait subi si intensément. Sans lui faire de reproches, Jésus lui révèle qui Il est vraiment. Un toucher de grâce atteint cet homme, et non seulement son oreille est guérie mais il perd, du même coup, tout motif de vengeance. L'éternité nous dira peut-être si cette infinie bonté de Dieu a poussé Malchus à la repentance (Romains 2:4), et cela malgré l'endoctrinement systématique et persistant de faux bergers. N'y a-t-il donc pas espoir pour les si nombreuses victimes des religions et sectes qui foisonnent?

Et Pierre, si zélé, était-ce vraiment ainsi qu'il devait défendre son Maître? Etait-il un disciple digne de son Seigneur, aimant les pécheurs comme son Maître les aimait? Cette oreille de Malchus, il est vrai, avait entendu beaucoup de mensonges sur Jésus, mais ce n'était pas en la coupant que tout ce qui était dans le coeur allait sortir. Il fallait que cette même oreille puisse entendre maintenant la vérité qui engendrerait la foi dans le coeur de Malchus (Romains 10:17) et l'affranchirait de tout esclavage du mensonge (Jean 8:32,36).

Le stress que Pierre a connu, c'est peut-être le même qui transforme des chrétiens d'aujourd'hui en coupeurs d'oreilles. Comment ne pas s'irriter quand tout nous y porte? Comment répondre à chacun et en toute circonstance avec grâce et amour sinon par la vertu du Saint-Esprit? Il est seul capable de produire en ceux qu'il habite l'amour, la patience, la bonté, la douceur et la maîtrise de soi (Galates 5:22). C'est ce qui manquait à Pierre en cette nuit tragique où il affronta Malchus. C'est ce qu'il reçut abondamment plus tard, devenu réellement participant de la nature divine (2 Pierre 1:4-7). Usons des mêmes ressources. Que l'abondance de la Parole en nous produise l'abondance des vertus sus-mentionnées, un témoignage digne de notre Seigneur, qui le glorifie et attire les Malchus au lieu de les mutiler. Ne négligeons ni la lecture, ni la méditation, ni l'étude de notre Bible.

Pierre-André Waridel

 


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