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"Je donne ma vie, personne ne me l'ôte"

«Le Père m'aime, parce que je donne ma vie, afin de la reprendre. Personne ne me l'ôte, mais je la donne de moi-même» (Jean 10 :17).

Il y a quelque temps déjà que ce verset occupait mon esprit. Et lorsque j'ai découvert son contexte, j'ai éprouvé une sorte de déconvenue: l'image du bon berger est une des plus classiques de l'Ecriture. A qui l'illustration pouvait-elle profiter? L'histoire du bon berger est un excellent sujet pour l'école du dimanche, un thème tout trouvé pour travaux de cartonnage, mais serait-elle trop simple pour nous?

Ces quelques préjugés m'ont soudain rendu sensible au fait que nous n'avons pas une sympathie très spontanée pour ce récit. Il ne faut pas en chercher la raison trop loin: personne d'entre nous n'apprécie qu'on lui rappelle sa faiblesse. N'avons-nous pas tous un idéal secret de force et d'autonomie? Est-ce que dans notre demi-sommeil, nous ne rêvons pas tous de puissance et de grandeur? C'est parfois tellement vrai que notre standard spirituel pourrait se résumer ainsi: chrétien sauvé par grâce et prestige personnel… (!)

Si seulement un jour, même posthume, on pouvait dire: «Ah, vous vous souvenez d'un tel? Quelle oeuvre merveilleuse il a accomplie. En telle année, telle ethnie a été atteinte par l'Evangile grâce à son zèle infatigable!»

Pas étonnant donc que la lecture de Jean 10 nous laisse une impression d'ennui. Nous voudrions tant être des hommes et des femmes hors du commun. Rappelons-nous que le Seigneur se sert de gens ordinaires, mais de façon extraordinaire. C'est une de ses méthodes préférées et c'est en cela que réside sa sagesse. Comment s'y prend-il? Pour le comprendre il faut revenir à cette parole:

"Le bon berger donne sa vie pour ses brebis" (Jean 10:11)

Qui est ce berger? Nous chercherions pour lui une origine modeste, car, qu'est-ce qu'un berger à nos yeux? Cependant, il nous faut bien vite admettre que nous n'y sommes pas du tout. «Existant en forme de Dieu, il n'a point regardé son égalité avec Dieu comme une proie à arracher, mais il s'est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes; et il a paru comme un vrai homme» (Philippiens 2:6-7). L'origine est glorieuse, mais le cœur est humble, tel est le Berger.

Et qui sont les brebis? Pour le découvrir, demandons-nous ce que sont les moutons! Avant d'y réfléchir longtemps, vous arriverez aux mêmes conclusions que celui qui vous en parle. Roulez sur une piste, ou traversez un village de brousse et vous comprendrez. Le mouton trouve toujours que le moment le mieux choisi pour traverser la route coïncide avec le passage d'un véhicule. Il a bien l'œil ouvert, mais il ne comprend pas clairement ce qui se passe autour de lui. Avec la chèvre, il est un des fléaux de l'Afrique. Livrés à eux-mêmes, les moutons errent en bandes, broutant les quelques herbes brûlées que la saison sèche leur a laissées. Mais lorsque la saison des pluies arrive et que les cultures reprennent, ils se précipitent sur les jeunes pousses. Les paysans ont beau leur lancer des pierres, les pourchasser, ils s'obstinent à revenir aux mêmes endroits. Un de ces hommes, excédé de voir un groupe de moutons faire pâture dans son champ, les a poursuivis jusqu'à la maison de leur propriétaire et en a tué un. Pauvre mouton, serait-on tenté de dire, il n'avait pas compris ce que dit un proverbe biblique: «La résistance des stupides les tue» (Proverbes 1:32). C'est cela le mouton, et le mouton, c'est l'homme!

Mais pourquoi parler de bon Berger? La réponse est immédiate: parce qu'il donne sa vie pour ses brebis. Les brebis n'appartiennent pas au mercenaire qui ne cherche qu'un gain; si les brebis sont en danger, il ne risque pas sa vie pour elles; quand le loup arrive, il se sauve; ainsi le mercenaire ne peut être ni le vrai ni le bon berger des brebis. Et qu'est-ce qu'un mercenaire pour nous, sinon un homme prétendant conduire les faibles et les aveugles et qui, en fait, n'est qu'un dominateur? Pensons aux grands chefs religieux. Que font-ils pour une petite brebis en détresse? D'abord, peuvent-ils la connaître vraiment? Et s'ils le pouvaient, le voudraient-ils? Quitteraient-ils leur trône et leurs droits pour s'occuper de cette brebis ? Et s'ils le faisaient, quel avantage auraient-ils à s'opposer au loup, à la puissance de Satan? Quelqu'un alors demandera inquiet: le monde n'a-t-il donc jamais connu d'homme généreux et déterminé?

Cherchons du côté des grands hommes du passé: Abraham, ne pouvait-il pas être berger, lui qui est appelé «le père des croyants»? Non! Et Moïse, l'homme qui reçut la loi de Dieu et qui fut le berger d'Israël dans le désert? Lui non plus! Alors peut-être Jean-Baptiste qui nous est présenté comme le plus grand des prophètes de l'ancienne alliance? Il n'en avait pas non plus les qualifications! Et pourquoi pas Mahomet que le Coran nous annonce comme le sceau des prophètes? Pas davantage! Cette fois, la perplexité de l'homme devient inévitable: pourquoi cette négation désespérante de l'homme? Personne ne sera-t-il donc jamais capable de conduire ses frères? Ouvrons la Bible: «Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, qui s'est donné lui-même en rançon pour tous» (1 Timothée 2:5-6). Tout cela est tellement extraordinaire et merveilleux! Pourtant, vous le réalisez, si nous n'en savions pas plus, Christ pourrait simplement nous apparaître comme un très glorieux général d'armée, distant, inaccessible. Or, que lisons-nous?

"Je connais mes brebis" (Jean 10:14)

Il les connaît par leur nom et leurs caractéristiques individuelles. Il n'y a rien d'étonnant à cela car le bon Berger n'a pas acquis son troupeau sur un marché quelconque.

Comment se passent les choses lors d'un marché aux bestiaux? Le client arrive, choisit les meilleures bêtes, marchande le prix et paie la somme convenue. Ensuite, il s'en va satisfait, mais il peut très bien décider de revendre son bétail ou de le tuer.

Quel contraste avec le troupeau du bon Berger! Remarquez d'abord que c'est le Père qui lui a donné son troupeau. Et rappelons-nous que toutes les bêtes étaient malades, gangrenées par le péché! C'est une première caractéristique. En parlant des brebis du bon Berger, l'apôtre Pierre dit: «Vous savez que ce n'est pas par des choses périssables, par de l'argent ou de l'or, que vous avez été rachetés de la vaine manière de vivre que vous aviez héritée de vos pères, mais par le sang précieux de Christ, comme d'un agneau sans défaut et sans tache» (1 Pierre 1:18-19). Le prix de la transaction est donc différent et combien unique!

Voyons maintenant la conséquence de tout cela. Quand on paie de son sang le rachat de brebis, même les galeuses, celles dont le comportement est difficile sont aussi aimées. Comment, après s'être livré pour notre rachat, le Seigneur pourrait-il nous traiter avec mépris à cause de nos travers? Ce sont deux attitudes absolument incompatibles. Le bon Berger nous dit au contraire: «Je t'aime d'un amour éternel; c'est pourquoi je te conserve ma bonté» (Jérémie 31:3). Ainsi, nous sommes parfaitement connus, acceptés et aimés du Seigneur.

Connus: la connaissance que le Seigneur a de moi va bien au-delà de la conscience que j'ai de moi-même. Il connaît en moi ce que je ne discerne pas. En résumé, il ne dirige pas ma vie comme je le ferais, et ne répond pas toujours à mes requêtes dans le sens que je souhaiterais, car il sait de quoi je suis fait.

Acceptés: quelles souffrances nous inflige souvent la conscience de nos limitations! Il n'y a peut-être pas d'humiliation plus lancinante que celle de nos infirmités. Selon notre tempérament, nous sommes conduits à nous refuser à la vie ou à soulever une tempête. On retourne contre soi le dépit que le sentiment de notre faiblesse engendre puis on le dirige contre les autres. Nous vivons sous le régime de la colère; pourtant nous sommes entièrement acceptés par le Seigneur. Il nous reçoit sans restriction, sans hypocrisie. Il ne nous demande pas de nous délivrer nous-mêmes.

En fait, nous sommes connus et acceptés parce que nous sommes aimés en vertu de notre création à l'image de Dieu et de notre rachat par le sang de Christ.

Encore une chose sur la connaissance que le bon Berger a de ses brebis: elle est réciproque car nous lisons: «Je connais mes brebis, et elles me connaissent» (Jean 10 :14). Pourquoi est-ce si important? Avant que Christ ne paraisse, Dieu ne me connaissait-il pas totalement (cf. Jean 1 :48) ? Mais que savions-nous de lui? Etait-il un mythe inconsistant ou une puissance obscure, imprévisible et terrifiante? Qu'y a-t-il de nouveau depuis? Ceci: le bon Berger ne cherche pas à nous connaître sans se laisser connaître. Il n'est pas celui qui vient nous épier par le trou de la serrure. Non, il frappe à la porte et attend qu'on lui ouvre. Il vient en ami nous offrir sa confiance, son amour et sa divinité. Il ne fuit pas notre contact mais le sollicite.

Puisque nous sommes maintenant près du bon Berger, posons-nous la question: qu'est-ce qui fait sa grandeur? La Parole de Dieu nous donne la réponse:

"Je donne ma vie, afin de la reprendre. Personne ne me l'ôte." (Jean 10:17-18)

Tant pour l'homme que pour l'animal, il y a ce qu'on appelle un réflexe de conservation. La menace d'un danger l'entraîne à une réaction immédiate de défense ou de fuite pour préserver sa vie. On pourrait ajouter qu'il y a chez l'homme un réflexe de conservation de l'acquis. Ce qu'il possède, qu'il s'agisse d'avantages matériels, psychologiques ou affectifs, il craint de les perdre. Voilà pourquoi beaucoup d'hommes passent presque toute leur existence sur la défensive. Cette crainte est absente du cœur de Christ.

Le principe qui anime sa vie est comparable à celui d'un courant d'eau soumis à la loi de la gravité, mais c'est la loi de l'amour. Comme l'eau, son amour descend toujours vers les cœurs qui se présentent en contre-bas de son cours. C'est pour cela que l'Ecriture dit qu'il «fait grâce aux humbles» (1 Pierre 5:5), et que l'apôtre Paul s'écrie: «Méprises-tu les richesses de sa bonté, de sa patience et de sa longanimité, ne reconnaissant pas que la bonté de Dieu te pousse à la repentance?» (Romains 2:4).
Et qu'est-ce que l'amour du Seigneur offre à ceux qui le suivent ? Non pas des biens matériels, quoiqu'il en accorde, non pas d'abord des dons spirituels, bien qu'ils soient nécessaires, mais le principe même de sa vie crucifiée et ressuscitée. Il veut qu'à notre tour nous vivions l'expérience qui fut la sienne: «Je donne ma vie». Seulement attention! Quelqu'un pourrait penser que donner sa vie, c'est en fin de compte faire preuve d'abnégation. On peut en effet renoncer à beaucoup d'avantages personnels; on peut même faire le sacrifice de certaines choses légitimes; tout cela afin d'atteindre un idéal humanitaire ou religieux. Ce n'est pas là ce que Christ veut dire. Il n'a pas traité l'humanité comme une divinité à laquelle sacrifier sa vie. Christ aime l'homme, mais il n'est pas un philosophe humaniste! Il n'a pas pour premier objectif d'exalter l'homme et d'en rechercher l'épanouissement terrestre. Non, ce n'est pas aux hommes qu'il a livré sa vie et son sang – eux qui n'ont pas voulu de lui – mais à Dieu pour le salut des hommes.

Alors, quand il s'agit d'en faire l'application à notre vie, que devons-nous entendre par "je donne ma vie"? Je donne mon temps, mes forces, mes facultés pour l'accomplissement de la volonté de Dieu dans la puissance de l'Esprit (cf. Hébreux 13:20-21). Est-ce trop abstrait ? Sommes-nous ainsi entraînés loin de la vie quotidienne la plus ordinaire ? Pas du tout! Nous nous situons au cœur même de la vie qui trouve sa source en Dieu pour se répandre sur les hommes.

Christian Bibollet


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