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Le profil du Messie dans la Loi, les Psaumes, et les Prophètes

(Interview de Jacques Guggenheim par Farid Djilani-Sergy)

Première partie

Farid Djilani-Sergy: Quel est le profil du Messie dans les livres bibliques de la Loi, des Psaumes et des Prophètes qu'on appelle habituellement l'Ancien Testament?

Jacques Gugenheim: Ces livres sont ceux d'une première Alliance puisqu'un jour est venu où le Messie a ouvert le temps d'une nouvelle Alliance. L'auteur de la lettre dite "aux Hébreux" a développé toute une réflexion sur le rapport existant entre l'Alliance fondée sur la Loi donnée au peuple d'Israël par l'intermédiaire de Moïse, et celle que Jésus est venu instaurer.
"Le Messie, le Christ, a obtenu un ministère d'autant supérieur qu'il est médiateur d'une Alliance meilleure, fondée sur de meilleures promesses. Si, en effet, la première Alliance avait été irréprochable, il n'y aurait pas lieu d'en chercher une seconde (...) En appelant nouvelle cette Alliance, Dieu a rendu ancienne la première. Or ce qui est ancien et vieilli est sur le point de disparaître." (Hébreux 8:6-7, 13; 10:9; Jérémie 31:31)

La première des prophéties

- Dès le premier livre de la Bible, le livre de la Genèse, il semble bien qu'une annonce prophétique soit faite par Dieu lui-même au sujet du Goël, du Sauveur.

- Oui, et voici dans quel contexte elle se situe. Dieu a mis l'homme dans le jardin d'Eden pour le cultiver et le garder. Cela suppose un certain travail, ce qui veut dire que le travail n'est pas une malédiction. Puis le narrateur met en scène le serpent. Il vient tenter la femme puis l'homme qui, séduits, vont rompre le lien qui les unissait à leur Créateur. Du coup, le serpent et la terre sont maudits, mais l'homme et la femme ne le sont pas. C'est dans le cadre d'une série de sentences que Dieu adresse à la femme, au serpent, et à l'homme, que se trouve la prophétie que vous évoquiez. Dieu parle au serpent en ces termes: "Je susciterai l'hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance. Celle-ci t'écrasera la tête, et toi, tu lui mordras le talon" (Genèse 3:15). Le serpent représente l'ennemi par excellence, Satan, et la postérité de la femme aboutit, au temps fixé par Dieu, à celui qui est né d'une femme juive, Myriam (Marie), et qui est venu écraser la tête de ce serpent par le moyen de son œuvre accomplie sur la croix, à Jérusalem.

- Puisque vous nous parlez de la descendance de la femme, je pense qu'il serait utile ici de mentionner le passage où il est précisément question de cette femme qui va donner naissance à celui qui écrasera la tête du serpent.

- Le prophète Esaïe, au chapitre 7 de son livre, évoque effectivement une jeune femme. Il n'est pas spécifié qu'elle est vierge, mais le mot hébreu le sous-entend. Avec elle un signe est donné: elle enfantera un fils et lui donnera le nom d'Emmanuel, ce qui signifie: "Dieu est au milieu de nous". Matthieu et Luc ont bien vu que Jésus était celui qui est né de cette vierge dont parlait le prophète. On sait comment la conception s'est effectuée, sans pourtant se l'expliquer rationnellement: elle est le fruit de l'action du Saint-Esprit. Cet enfant et né dans le lieu (Bethléhem) et au temps fixé par Dieu, conformément à ce que les prophètes avaient annoncé (Michée 5:1).

- Les récits évangéliques mentionnent effectivement le nom d'Emmanuel.

- Oui, mais il est intéressant de relever que l'ange venu de la part de Dieu ne lui a pas donné ce nom, il l'a appelé Jésus, "Yéshoua" en hébreu, ce qui signifie l'"Eternel-sauve". Cet enfant est en quelque sorte l'incarnation, l'accomplissement de la Parole que Dieu donne aux hommes perdus pour leur annoncer le salut.

- Pour en revenir à notre passage de Genèse 3:15, les auteurs du Nouveau Testament y font-ils référence, et quelle interprétation en donnent-ils?

- L'apôtre Paul expliqua dans sa lettre aux chrétiens de Galatie, en Asie mineure, que "lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme..." (Galates 4:4). Le même apôtre s'adressa en ces termes aux chrétiens de Colosses, comme à tous ceux qui ont cru que Jésus est le Messie:
"Dieu vous a donné la vie avec le Messie. Il nous a pardonné toutes nos fautes. Car il a annulé l'acte qui établissait nos manquements à l'égard des commandements. Oui, il l'a effacé, le clouant sur la croix. Là, il a désarmé toute Autorité, tout Pouvoir. les donnant en spectacle à l'univers entier quand il les a traînés dans son cortège triomphal après sa victoire à la croix" (Colossiens 2:13-15).
C'est bien à la croix que Jésus le Messie a triomphé des puissances du mal. Paul utilise à cet effet un mot et une image qui font sans doute allusion à la cérémonie romaine du triomphe. Elle impliquait une victoire totale, absolue.

- Parler de "triomphe" à l'occasion d'une crucifixion a de quoi surprendre. Jésus n'a pas joué le rôle du Messie vainqueur que les Juifs attendaient.

- Mais ce que vous dites de l'attente supposée de mes frères juifs concerne sans doute tous les hommes. C'est encore l'apôtre Paul qui remarque que le message du Messie cloué sur une croix est un scandale pour le peuple juif - et il le fut en effet pour moi, dans le passé -, et c'est une folie pour les Grecs, écrit-il, qui recherchent une sagesse toute humaine et rationnelle. Cela semble ridicule d'imaginer que le Dieu créateur veuille sauver l'humanité en acceptant de mourir sur la croix, une condamnation réservée aux esclaves et aux criminels. mais précisément la folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes (1 Corinthiens 1:25).

Le Dieu des Alliances

- Comment Dieu s'y est-il pris pour faire Alliance? De quoi parlez-vous quand vous faites référence à une première Alliance?

- Pour simplifier disons qu'avec Abraham il y a une Alliance particulière qui va s'établir entre Dieu et cet homme, et au-delà de cet homme à l'humanité tout entière. Dieu dit à Abraham de quitter la maison de son père, sa patrie, pour aller dans un pays que Dieu lui a promis. Abraham a confiance, il obéit, et il entend Dieu lui faire cette promesse:"tu deviendras un peuple nombreux", alors qu'à son âge avancé il n'a toujours pas d'enfant. Il lui est pourtant dit qu'il sera "une source de bénédiction pour toutes les familles de la terre". Je crois qu'il est important de signaler que la bénédiction de Dieu s'étend au-delà d'un homme, ou d'un peuple, à l'humanité tout entière.

- Entre la création d'Adam et Eve, cette Alliance avec Abraham, et celle instaurée par le Messie, on peut ne pas très bien voir le lien. Pourriez-vous nous éclairer à ce sujet?

- Les apôtres Pierre, Paul et Jacques ont bien vu que l'annonce faite au serpent dans le récit de la création s'accomplissait avec Jésus. Cette promesse de Dieu a traversé le déluge avec Noé, et son fils Sem. Elle s'est encore précisée avec Abraham.

- On pourrait penser que cette Alliance contractée avec Abraham est de moindre envergure par rapport à celle faite avec Noé, qui, elle, était une Alliance universelle. C'est comme si Dieu ne se focalisait plus que sur un homme, et sur un peuple, le peuple juif. Mais si je vous comprends bien, l'Alliance décrite en particulier au chapitre 12 du livre de la Genèse avec celui qu'on appelle "le père des croyants" est au contraire une ouverture extraordinaire.

- Dans un premier temps elle peut effectivement paraître comme un rétrécissement. Abraham aura huit fils: Ismaël le fils d'Agar, et Isaac, mais aussi six autres garçons d'une troisième épouse, Ketoura. Or, l'Alliance et la promesse de Dieu s'incarnent en la personne d'Isaac seulement. Celui-ci aura deux fils, des jumeaux, dont l'un sera choisi, Jacob, de qui naîtront les douze tribus d'Israël.

- Et parmi les douze tribus c'est celle de Juda qui tient une place particulière dans le plan de Dieu.

- Tout à fait. La vie des douze fils de Jacob n'a pas été facile; ils ont eu bien des incidents et son passés par bien des souffrances. Au chapitre 49 du livre de la Genèse, il nous est dit qu'à la fin de sa vie, Jacob a prophétisé sur l'avenir des douze tribus d'Israël. Au sujet de la tribu de Juda, il a annoncé que la royauté ne s'éloignera pas de sa main jusqu'à ce que vienne le "Chilo".

- Un mot d'explication sur ce qui est pour nous de l'hébreu?!

- Le "chilo" est un mot hébreu à double facette que certains traduisent par: "Celui à qui appartient le sceptre", et que des rabbins ou des commentateurs chrétiens rendent par deux mots quelque peu différents, "le pacificateur ou le dominateur".

- Même si le mot ne s'y retrouve pas, je crois savoir que l'idée qu'il exprime est éminemment évoquée dans le psaume 110 de David, un texte considéré comme un psaume messianique. Pourriez-vous nous en dire plus?

- C'est l'idée du dominateur qui est présente dans le psaume que vous mentionnez. Ce psaume 110 a été cité par Jésus lui-même, et il est abondamment repris dans le Nouveau Testament. Il débute ainsi: "Parole de L'ETERNEL à mon Seigneur: assieds-toi à ma droite jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied... L'ETERNEL étendra de Sion le sceptre de ta puissance: domine au milieu de tes ennemis." Le Messie est donc le dominateur de ses ennemis qui ne reconnaissent pas son autorité. L'autre aspect du mot "Chilo" - le pacificateur - se retrouve au chapitre 9 du livre d'Esaïe dans un passage lui aussi à caractère messianique. Il y est écrit que Dieu donnera au monde un enfant. La domination et le pouvoir reposeront sur ses épaules. Et le prophète d'ajouter: "On l'appellera Conseiller admirable, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix" (9:5).

Le Messie vient de Dieu!

- Après nous avoir dit que le Messie triomphe sur la croix, voilà que vous nous apprenez, par le prophète Esaïe, que ce Messie-enfant est appelé "Père éternel". Autrement dit il est Dieu.

- Celui qui vient de la part de Dieu est son serviteur, mais en même temps il est revêtu de sa gloire et il est de sa nature. On s'aperçoit d'ailleurs qu'un certain nombre de textes de la première Alliance cultivent en quelque sorte un double langage puisque le sujet des verbes, des paroles et des actions s'y référant concerne aussi bien Dieu que son Messie. On ne s'étonnera donc pas de voir Jésus au milieu des siens tenir ce même langage qui peut nous paraître ambigu. Ici, il expliquera que son Père est plus grand que lui - ne s'est-il pas dépouillé de sa gloire en venant sur la terre? - et là, il semblera dire le contraire quand Philippe lui demandera de montrer le Père: "Celui qui m'a vu a vu le Père", dira Jésus.

- Ce sont des phrases qu'il nous faut accepter par la foi, n'est-ce-pas?

- Oui, et la foi nous est donnée. Ce n'est pas parce qu'on penserait avoir compris de manière toue cérébrale le plan d'amour que Dieu a pour les hommes que le pas de la foi serait franchi. Ce n'est pas seulement l'intelligence qui nous fait croire que Dieu a agi, mais c'est notre coeur. Pascal l'a dit mieux que moi: "C'est le coeur qui sent Dieu, et non la raison. Voilà ce que c'est que la foi: Dieu sensible au coeur, non à la raison" (Pensées, 278, édition Brunschvig). Je ne dis pas que j'ai vu Dieu avec mes yeux, mais je l'ai rencontré et je sais qu'il est vivant parce qu'un jour il a croisé ma vie, il m'a communiqué son amour, à moi qui était misérable. Et ça c'est inoubliable.

- Pascal a aussi dit que "la plus grande des preuves de Jésus-Christ sont les prophètes." Comment vos frères juifs, les rabbins en particulier, interprètent-ils ces textes prophétiques qui révèlent un messie divin - tel Esaïe 9 que vous venez de citer?

- La difficulté pour comprendre et croire ce qui est dit du Messie est la même qu'au temps de la vie terrestre de Jésus, et cela concerne tout un chacun, Juif et non-Juif, hier comme aujourd'hui. On attendait un Messie glorieux, puissant, qui écraserait l'occupant romain et qui libérerait le peuple d'Israël. Or, Jésus n'est pas venu pour lever une armée ou accomplir un plan militaire et politique. Il a fait mieux, par sa mort et sa résurrection il a inauguré un monde nouveau, un royaume éternel, le royaume de Dieu dont les prémices sont déjà visibles sur terre. Il sauve tout homme qui se repent et qui croit en lui.

Pour répondre tout à fait à votre question concernant l'attitude des Juifs face à ces textes que les Chrétiens considèrent comme s'appliquant à Jésus, j'ajouterai qu'il ne faut pas oublier qu'à travers les siècles nous avons souffert du racisme, de l'arrogance et de la violence dans cette civilisation dite chrétienne. On peut comprendre que pour un Juif il soit difficile d'accepter Jésus comme le Messie.

- Poursuivons notre marche à travers la Bible nous laissant guider par un seul fil conducteur: les références au Messie promis.

- Le lieu où devait naître le Messie est précisé dans le livre du prophète Michée au chapitre 5: "Et toi Bethléhem Ephrata, petite ville d'entre les villes de Juda, c'est de toi que sortira celui qui régnera sur Israël, et dont l'origine remonte au lointain passé, aux jours d'éternité...". En outre, ce Messie devait venir à l'époque du second Temple.

- Le premier ayant été bâti au temps de Salomon.

- Il était magnifique, mais il a été détruit au temps du prophète Jérémie quand Israël désobéissant n'a pas accepté le message du prophète et ne s'est pas repenti. Dieu a permis que les armées de Babylone, du roi Nebucadnetsar, investissent la terre d'Israël, Jérusalem, et détruisent le Temple. Mais Dieu avait annoncé que ce Temple serait reconstruit au bout de 70 ans.

- A-t-il été effectivement reconstruit?

- Oui, au temps d'Esdras, de Néhémie, et de Zorobabel. Ce second Temple a été reconstruit dans des conditions difficiles. Des Juifs d'un certain âge se plaignirent qu'il soit moins beau que le Temple construit par Salomon. Mais par la bouche du prophète Aggée, Dieu confia que "la gloire du second Temple sera plus grande que la gloire du premier Temple." Qu'entendait-il par là? Ce second temple a bel et bien été embelli plus tard, par la famille des Hérode qui voulaient flatter le peuple juif et satisfaire son désir d'être reconnu dans le monde romain pour ses dons en architecture! Mais la gloire du second Temple c'est que le Messie-Seigneur "est entré dans son Temple" Malachie 3:1 et Matthieu 12:6).

- Mais il va être détruit en 70 par les armées de Titus.

- Et effet, et les disciples de Jésus auraient pu s'en douter puisque faisant remarquer à Jésus la beauté de ce second Temple, Jésus leur annonça qu'il ne restera pas pierre sur pierre de cet édifice.

- Mais il précise, de manière quelque peu énigmatique pour qui ne reconnaît pas en lui le Messie, qu'en trois jours il pourrait reconstruire ce Temple.

- Il parle ici de son corps. Il annonce sa mort et sa résurrection. Voilà la gloire du Temple que Dieu agrée et qu'il annonçait par son prophète Aggée. Le corps de celui qui a cru en Jésus et dans lequel le Saint-Esprit peut agir est aussi appelé dans les Ecritures "le Temple du Seigneur".

- En croyant en Jésus nous sommes tous appelés à être des Temples, c'est ça?

- Dans le cadre de la nouvelle Alliance, Jésus a promis que son Père et lui-même viendraient habiter dans le coeur de ses disciples. C'est en ce sens qu'ils sont individuellement "Temple du Seigneur", mais aussi communautairement, en tant qu'Eglise ou communauté. L'apôtre Pierre écrira que les chrétiens sont des pierres vivantes, associées les unes aux autres par le ciment d'une même foi en Jésus, Sauveur et Seigneur. l'Eglise ce n'est pas d'abord un bâtiment, c'est un corps, le corps de Christ, des hommes et des femmes qui s'aiment, et vivent dans la même foi, et dans un même Esprit. Le Messie, tête de ce corps, est assis à la droite de Dieu son Père (Apo 3:21).

- Avec Jésus, Jacques Guggenheim, c'est toute la notion de sacré qui est remise en question. Considérez-vous Jérusalem comme une ville sacrée?

- Un jour, Jésus s'arrêta près du puits de Jacob où il rencontra une femme samaritaine avec qui il eut un entretien très profond dont nous avons une trace écrite dans l'évangile de Jean,. Au cours de la conversation cette femme fera remarquer que les juifs disent qu'il faut adorer à Jérusalem, tandis que les Samaritains indiquent le mont Garizim. Si j'élargis le champ des lieux de cultes, d'autres pointeront du doigt Rome, Bénarès ou la Genève calviniste. Mais Jésus expliqua à cette femme que "l'heure vient - et c'est maintenant, précise-t-il - où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; car ce sont de tels adorateurs que le Père recherche." Et Jésus d'affirmer: "Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité" (Jean 4:23-24). Où que nous nous trouvions, en Suisse, en France, sur la banquise, chez les Touaregs, dans sa cuisine, sur son lieu de travail, etc. nous pouvons toujours nous tourner vers Dieu.

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