Certains ne vivent que pour et par elle. D’autres la fuient avec détermination, persuadés qu’elle est la source d’innombrables maux. J’ai nommé, vous l’avez deviné, la compétition, ou, pour être plus précis, l’esprit de compétition.
La victoire dans une grande finale européenne d’un club de foot que je ne nommerai pas, a emmené dans les rues de Paris des milliers de personnes enthousiasmées par ce triomphe.
Je n’ai aucun souci avec l’explosion d’allégresse des nombreux supporters, mais une question m’interpelle: elle virevolte autour de mes pensées comme une abeille autour d’un pot de miel… et sur son petit corps velu se dessine, en noir sur jaune, un lancinant point d’interrogation.
Oui, je sais, je ne suis pas le couteau le mieux affuté du tiroir et probablement pas la truite la mieux oxygénée du ruisseau, mais tout de même…
À l’exception d’Hysope et de La Fontaine, qui applaudirait à s’en fouler les poignets si, aligné sur une piste de course, un lièvre battait une tortue ?
Serions-nous admiratifs devant un dauphin gagnant un 400 mètres nage libre si les autres couloirs étaient occupés par des chats ?
Je vous éviterai les innombrables déclinaisons de ce type d’affrontements : l’écureuil et le poisson rouge au pied d’un arbre, le kangourou et le pangolin en saut en longueur, le chamois et le cochon en saut en hauteur…
Pour revenir aux compétitions humaines, j’ai du mal à crier à l’exploit lorsqu’un club peut se permettre de dépenser des milliards pour recruter les meilleurs joueurs de la planète, alors que les autres n’ont que des millions ! Vous me direz, l’argent ne fait pas tout, c’est vrai, mais il y contribue…
Pour qu’une compétition ait éventuellement du sens, il faudrait que les forces en présence soient strictement égales. Mais c’est bien sûr impossible et ce qui est vrai pour une équipe l’est aussi pour les individus: puis-je me vanter de la couleur de mes yeux ? D’avoir un cœur qui bat plus vite ou plus lentement ? De ma morphologie ou des dimensions de mes poumons ?
Je souhaite, un jour, juste avant que ma course s’achève, pouvoir dire: « J’ai participé à la bonne compétition. J’ai été le meilleur dans cette catégorie très spéciale dont je suis l’unique participant ».
Compétitivement vôtre,
Philip
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