Le langage est source de malentendus, disait le Renard au Petit Prince, et il avait bien raison. Les mots sont nos amis, mais ils peuvent être fourbes, nous induire en erreur. En réalité, ce n’est pas leur faute, mais la nôtre. Nous associons les idées selon des schémas déjà tracés et nous nous laissons entraîner sur de fausses pistes. L’expression « la vie éternelle » est, me semble-t-il, un cas d’école de ce type d’erreur.
Probablement parce que la mort est effrayante pour les humains. Parce que la pensée d’une fin inéluctable nous terrorise, nous réduisons la « vie éternelle », dont nous parle Jésus, à une vie dont la caractéristique essentielle serait l’absence de fin. Nous devrions pourtant assez facilement nous rendre compte du ridicule d’une telle interprétation. Imaginez quelques instants que votre vie, sans changer en qualité, soit sans fin. Cela peut vous donner une idée assez précise de ce à quoi pourrait ressembler... l’enfer !
Nous sommes donc en droit de nous poser la question : « Mais alors, qu’est-ce que la vie éternelle ? »
Si la notion de durée illimitée n’est pas sa principale particularité, de quoi est-elle constituée ?
Il est bien sûr impossible d’en donner une définition qui ressemblerait à une formule chimique avec une liste exhaustive de chacun de ses composants, mais nous pouvons tout de même relever quelques idées, de simples panneaux indicateurs qui nous orientent vers des chemins à vivre et à explorer.
Elle est relationnelle. C’est un torrent qui prend sa source dans les ondes d’amour qui s’échangent en permanence entre le Père, le Fils et l’Esprit 1. Lorsqu’elle nous irrigue, elle transforme toutes nos connexions, notre lien aux autres, à nous-mêmes et bien évidemment à notre Dieu. Elle rend possible une authentique intimité, elle fait éclore de profondes amitiés, elle permet des échanges et des partages qui puisent dans l’essentiel, le véridique, le beau et même le sublime.
Elle est la seule nourriture qui rassasie3, la seule boisson qui désaltère4. La vie éternelle est à l’âme ce que le pollen des fleurs est aux abeilles. Elle seule fournit les nutriments, les fibres nécessaires au sentiment de satiété. Dans l’existence mortelle que nous menons sur terre, notre être intérieur souffre souvent de malnutrition, de carences, d’intoxications. Cette vie qui est l’émanation de Dieu apporte précisément tout ce qui est utile à la croissance, à l’épanouissement, elle fait, dans un même mouvement, disparaître l’insatisfaction chronique qui nous ronge de l’intérieur. Elle enfante le contentement sans tuer le désir.
Que la lumière chaude de ce mois d’août vous accompagne sur les sentiers de la méditation pour goûter, déguster, siroter avec plaisir quelques cocktails à l’eau-de-vie – éternelle – afin que ces jours, qu’ils soient vacances ou labeur, ne soient pas vains et creux.
Philip Ribe
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