C’est la fin de la journée, et je m’aperçois qu’une fois de plus, elles se sont échappées. Éparpillées un peu partout, certaines encore proches et d’autres presque hors de vue. J’ai pourtant pris soin, tôt ce matin, de les nourrir convenablement, de les abreuver — une bonne eau de source — mais voilà, souvent ce n’est pas suffisant.
Je sais par expérience qu’il est inutile de me lamenter, je dois simplement les rassembler, l’une après l’autre. J’imagine facilement où certaines sont allées, elles ont leurs coins favoris, leurs petites habitudes de vagabondes indisciplinées ; pour d’autres, il me faudra chercher, fouiller un peu ici et là avant d’enfin les tenir toutes bien ensemble, à leur place, de nouveau sous mon contrôle et mon autorité.
Heureusement, après quelques décennies d’expérience, c'est quand même plus simple, plus rapide, et surtout moins dangereux. Les marécages nauséabonds sont bien balisés, visibles de loin, ils sont aisément évitables — à moins de faire le choix délibéré de s’y engager. Même si elles sont encore parfois totalement indisciplinées, elles ont quand même acquis un brin de prudence. Elles connaissent aussi les différents précipices, les pistes glissantes vers les gouffres sombres, les lieux où poussent les nourritures toxiques, les quartiers où se trouvent les plus terribles prédateurs.
Je dois les rappeler à l’ordre, c’est une activité intense qu’il faut toujours recommencer, mais si je ne le fais pas, qui le fera à ma place ?
Je dois donc vous laisser, et m’atteler à cette tâche ardue, reprendre le contrôle de mes pensées. Je désire les rassembler afin qu’elles soient à la fois libres de venir et d’aller, sans pour autant me mettre en danger. Un espace dans lequel elles pourront vraiment grandir, s’épanouir, se reproduire et se diversifier, s’enrichir aussi, mais en restant en vue de la belle bergerie du Grand Berger. Lui seul propose des pâturages où pousse seulement le beau, le bon, le vrai, l’authentique. Elles pourront s’ébattre dans cet étrange équilibre que j’aime qualifier ainsi: captives de la liberté dans la vérité !
Nourrir, maitriser, orienter nos pensées est une discipline indispensable, mais aussi un immense défi. L’auteur-compositeur-interprète — roi-guerrier par ailleurs — qui a composé une bonne partie des psaumes était déjà bien conscient de cette nécessité. Avec le langage qui est le sien, il nous donne le témoignage d’un grand dompteur de la vie du dedans: « j’ai dit à mon âme… mon âme est auprès de moi comme un enfant sevré… pourquoi es-tu abattue, mon âme ? » Il est d’ailleurs tristement instructif de noter ce qui s’est passé lorsqu’il a laissé ses pensées naturelles suivre leur chemin. Parties brouter sur les terres de la convoitise, elles l’ont entrainé dans une dramatique réaction en chaine. Lui «L’auteur-compositeur-interprète, selon le cœur de Dieu » a chaviré dans l’adultère, la trahison, le meurtre, le mensonge et le déni.
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1 version Darby
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