Patience contre impatience, combattre sans lutter…

L’impatience est la forme moderne du démon, la patience l’art suprême de vivre.
- Katherine Pancol

Mais il faut que la patience accomplisse parfaitement sa tâche pour que vous parveniez à l’état d’adultes et soyez pleins de force, des femmes et des hommes auxquels il ne manque rien.
- Jacques 1.4

patience

L’automne qui s’installe nous rappelle, s’il en était besoin, l’écoulement permanent du temps avec les cohortes de changements qui l’accompagnent. L’été n’est plus, l’hiver nous attend, notre espérance se nourrit de printemps, jusqu’au prochain été…
Parmi les mille et une leçons que la ronde des saisons peut nous enseigner, il en est une particulièrement utile pour notre génération de gens pressés: l’importance de la patience.

Lorsque ma mère était une très jeune fille, elle manifestait si vivement son désir de se précipiter dans la saison suivante que sa grand-mère, avec sagesse, lui répétait souvent: « Si c’était toi qui tenais la bobine, on serait vite au bout du fil…»
Cette phrase est encore plus pertinente aujourd’hui qu’à l’époque. Cependant, nous devons comprendre, accepter aussi, que la patience est indispensable à la vie. Tout ce qui est vivant nécessite du temps pour croître, se développer et parvenir enfin à maturité. La patience crée les espaces temps nécessaires à la vie pour passer d’une étape à l’autre, avant de finalement porter du fruit. Jacques, l’écrivain biblique déclare: « Vous demandez et vous ne recevez pas, parce que ce que vous demandez est mauvais»1. Il ne parle pas ici d’une mauvaise manière de demander, ou de vouloir le mal, mais d’un manque de compréhension des méthodes divines.

Nous désirons de l’ombre et réclamons un parasol… Dieu nous donne des graines d’arbres.
Nous prions pour un ami… nous recevons un voisin acariâtre.
Nous demandons un plat chaud… nous obtenons une liste d’ingrédients et un petit budget pour faire des achats.

Un antique proverbe chinois résume bien cette idée: «Avec de la patience, l’herbe devient du lait».
Pourtant nous bâtissons nos vies au royaume de l’impatience. Nous collectionnons les mauvaises solutions, les fausses réponses, les gadgets artificiels et sans vie. Une ombrelle en plastique, des «amis» sur internet, de la malbouffe livrée à domicile.
Il n’y a pas de raccourci pour contourner les cycles de la vie. Il est impossible de semer et de récolter une heure plus tard. C’est pourtant ce que nous essayons d’obtenir et même lorsque nous décidons de nous engager sur le chemin de la patience, c’est bien souvent pour y manifester notre impatience, un paradoxe bien exprimé dans cette prière d’un auteur inconnu: Oh, Seigneur, donnez-moi de la patience. Et tout de suite !!!

L’impatience est un refus - par incompréhension, par paresse ou par choix - de laisser le temps faire son œuvre.

C’est le temps que tu as perdu pour ta rose, qui rend ta rose si importante, enseigne le Renard au Petit Prince.
La patience est l’horloge du royaume de Dieu. Cela n’a rien à voir avec de l’ascétisme ou une quelconque idée tordue de s’imposer une souffrance afin de mériter la faveur divine. Nous devons apprendre, lentement et patiemment, la beauté de la patience. Je rends la plume à Saint Exupéry pour illustrer cette pensée:


– Bonjour, dit le petit prince.
– Bonjour, dit le marchand. C’était un marchand de pilules perfectionnées qui apaisent la soif. On en avale une par semaine et l’on n’éprouve plus le besoin de boire.
- Pourquoi vends-tu ça ? dit le petit prince.
– C’est une grosse économie de temps, dit le marchand. Les experts ont fait des calculs. On épargne cinquante-trois minutes par semaine.
– Et que fait-on des cinquante-trois minutes ?
– On en fait ce que l’on veut...
« Moi, se dit le petit prince, si j’avais cinquante-trois minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine…»2

Accueillons la patience pour vivre ce mois d’octobre en dégustant chaque grain de sable qui tombe dans le sablier. Il est unique et ne reviendra pas. Et si, par bonheur, nous réussissons à mettre de côté des minutes à dépenser, utilisons-les pour marcher tout doucement vers notre Dieu.
Patiemment, il nous attend.

Philip

_____________

1 Jacques 4.4
2 Le Petit Prince, Saint Exupéry

© Tous droits réservés.
Philip Ribe: www.philip-ribe.com

Mai

Mai