Cette institutrice habite Rio de Janeiro, la grande ville du bord de la mer. Pour connaître de plus près les problèmes de l'enseignement parmi les petits Indiens, elle est venue passer deux mois à la Mission Caiua. Aracy est la première indienne Caiua qui obtienne le diplôme d'Etat d'institutrice. Aracy est ravie. En général, c'est pour voir l'hôpital que des visites arrivent. mais cette fois, quelqu'un s'intéresse à l'école.
- Oh! le joli petit poisson rouge! Avec ces beaux yeux tout ronds et cette queue qui frétille, on le croirait vivant! s'exclame, enthousiaste, cette enseignante qui vient d'arriver de Rio. Vous avez bien de la chance d'avoir une maîtresse qui sait vous fabriquer d'aussi jolis objets!
- Mais… c'est pas la maîtresse! proteste une mignonne petite Indienne. C'est pas la maîtresse qui l'a fait, ce poisson. C'est moi!
- Comment? Quel âge as-tu?
- Cinq ans!
- Et tu aurais fabriqué ce joli poisson rouge? Toi toute seule? Non, ce n'est pas possible!
- Mais si! Attendez Madame, je vais vous montrer. C'est pas difficile! ajoute la fillette qui rassemble déjà le matériel nécessaire. La maîtresse nous a montré le modèle. Elle nous a dit comment faire. A présent, on sait fabriquer des poissons aussi beaux que le modèle, et autant qu'on en veut! Voilà comment je m'y prends…
Sous le regard admiratif de l'enseignante, en moins de dix minutes la si jeune élève fait un nouveau poisson.
- Bravo! s'exclame l'adulte. C'est tout à fait le même. A présent, on dirait deux poissons frères jumeaux!
Alors la petite Indienne éclate de rire.
- Si vous voulez, ajoute-t-elle toute fière, je vous en ferai d'autres, beaucoup d'autres, et de toutes les couleurs
La visiteuse aussi est ravie: elle reçoit non seulement un joli poisson rouge, mais encore une quantité d'autres objets qui sont nés, pendant les heures de travaux manuels, entre les doigts agiles des petits Indiens.
Et déjà, elle se réjouit de rentrer à Rio pour présenter au Ministère de l'Education et de la Culture ces beaux échantillons de travaux réalisés au Matto Grosso. Cela vaudra d'ailleurs à Aracy le titre de Représentante des institutrices de toute la région.
Soudain, les oiseaux se sont tus, Puis la nuit est tombée. Mais la lune folâtre au sommet des grands arbres. Tiens! une ombre apparaît, qui glisse jusqu'au baraquement qu'habitent Dona Nelli et son mari Timoteo. On frappe… la porte s'ouvre.
Un beau jour, Aracy quitte donc de nouveau Dourados. C'est à Presidente Prudente qu'elle va poursuivre ses études.
Toute petite fille dans l'immense forêt vierge, Aracy a connu la vie rude des Indiens. Que de chemin parcouru depuis qu'un missionnaire l'a amenée, presque mourante, à l'hôpital des Caiuas ! Elle s'est guérie. Elle a grandi. On lui a parlé de la Bible. De tout son cœur elle a cru au Seigneur Jésus, son Sauveur.
Et maintenant… Aracy nous écrit, à nous tous qui, depuis des mois, suivons son histoire captivante. Sa lettre est en portugais. Mais, sous les premières lignes, voici la traduction:
Bonjour, chers petits amis!
C'est une grande joie pour moi de savoir que vous êtes des milliers à lire cette histoire. C'est dommage qu'on arrive à la fin, maintenant. Mais il faut bien que ce récit finisse une fois!
Comme vous, je suis jeune et pleine de vie. En ce moment, je prépare ma licence d'éducation physique pour devenir prof. de gym.
J'espère que vous serez tous victorieux dans la vie, grâce à tout ce que vous avez appris dans la Bible.
Je regrette ne pas vous connaître, mais j'espère vous rencontrer tous un jour au ciel. Là, nous pourrons faire une grande fête tous ensemble. En attendant, je vous embrasse tous affectueusement.
Votre amie Aracy
FIN DU FEUILLETON ARACY
Texte: Samuel Grandjean