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Terres glacées

Avec James Evans chez les Indiens de la Baie d'Hudson

Chapitre 11: Le Phoque

Pour l'enfant

10 février – Magua, une petite-fille de Sagamore, est malade gravement. Le sorcier, reconnaissant le cas désespéré, renonce à la soigner; les parents mêmes se désintéressent alors de la fillette, qui se lamente sans répit. Je m'offre à prendre soin de l'enfant; comme plus d'une fois déjà. j'ai pansé des blessures avec succès, on me la confie.

Avec l'aide de Sagamore, j'installe Magua dans notre wigwam. Quelques tisanes faites avec des lichens, de même que nos témoignages d'affection, apaisent la pauvre petite. Je lui raconte alors pour la distraire quelques récits de Jésus. La fillette s'émerveille et se réjouit, elle réclame encore des histoires.

Que de difficultés surgissent pour moi: comment interpréter les beaux tableaux bibliques, les images de soleil et de végétation tropicale, de troupeaux et de moissons, pour que cette enfant les comprenne, elle qui n'a jamais vu ni maison, ni semailles, ni chariot? Comment faire revivre les paraboles quand on est blotti près d'un grand feu, enseveli sous la neige? Je parle du Bon Berger et de ses agneaux.

– Qu'est-ce qu'un agneau?
L'enfant n'en a jamais vu; comment l'expliquer?
– Dis-moi, Magua, quel est l'animal qui aime le mieux son petit?
– Ma grand'mère m'a toujours dit que c'est le phoque, et qu'il n'y a pas de maman plus gentille que le phoque pour son enfant.
– Sagamore, est-ce vrai?
– Assurément, mon fils. Descends en été le cours du Mackenzie, va jusqu'à la Grande Mer, tu verras des phoques. Regarde comment la mère allaite son petit sur la banquise et reste auprès de lui; pendant une lunaison et demie, elle le réchauffe de son corps; son amour de mère l'attache si bien à son enfant qu'elle renonce à manger elle-même pendant tout ce temps. Puis regarde comment le père et la mère conduisent leur petit jusqu'au bord de l'eau et lui apprennent à nager, avec quelle tendresse ils le soutiennent. Mon fils, celui qui aime le mieux son enfant, c'est le phoque!

Je reprends alors mon récit biblique: «Il vit Jésus, et il dit: Voici le petit phoque de Dieu», Dieu aime Jésus comme le phoque aime son petit. Et Jésus a le même amour pour tous  «Il prendra les petits phoques dans ses bras, et il les portera».

J'hésite à dire ces mots, mais je me rappelle que le missionnaire J. Egède, il y a un siècle, au Groenland, a substitué la même image du phoque à celle de l'agneau pour représenter l'amour.

Magua est réjouie, elle comprend. Elle n'a jamais vu de phoques pourtant, mais souvent elle a entendu parler d'eux par sa grand'mère; elle connaît ainsi bien mieux les phoques que les renards dont les glapissements l'inquiètent. Elle réclame encore des histoires du «petit phoque de Dieu». La petite malade se voit elle-même portée par l'amour de Jésus comme un petit phoque dans ses bras; ses yeux brillent d'attendrissement et de confiance.

Près de nous, la grand'mère écoute. Elle aussi s'émeut de cette image de l'enfant aimé par Jésus comme le petit phoque par sa mère.