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Terres glacées

Avec James Evans chez les Indiens de la Baie d'Hudson

CHAPITRE 8: LE TOTEM

Le sorcier Eskimo

En décembre 1842, nous repartons en traîneaux. Les derniers voyages m'ont laissé une grande déception: je n'ai rencontré que dépravation, ruse et violence, Me suis-je trompé à ce point? Mon rêve de l'Indien noble est-il un leurre? n'y a-t-il que méchanceté, haine et malheur ?

Allons plus loin vers le Nord; sortons de la souillure de l'homme blanc! Les «Visages-Pâles» ont répandu partout l'injustice et suscité les vengeances; à leur contact le sauvage se révolte ou s'avilit. Passons les déserts glacés; franchissons les forêts vierges; cherchons les Peaux-Rouges qui ont eu le privilège de ne jamais rencontrer des civilisés.

Pendant des semaines nous voyageons à travers les forêts clairsemées du Nord. Les Indiens rencontrés sont pareils à ceux que nous connaissons: accueillants ou haineux, violents ou retors, malheureux tous, fouettés par leurs rancunes, persécutés par leur sauvagerie. Cherchons plus loin encore!

Nous dépassons la grande forêt. Par-ci par-là quelques bouleaux nous offrent un mauvais bois, nos bivouacs sont affreux. Dans les grandes plaines dépouillées, le froid est atroce; le thermomètre descend à 50 et même 60° sous glace. Nous sommes chaque soir dans l'épouvante de ne pas trouver de bois pour notre brasier.

Nous poursuivons quand même. Les arbres ne sont plus que des buissons et se font de plus en plus rares. Par mesure de prudence, nous prenons sur nos traîneaux une provision de bois, réserve de sûreté pour deux ou trois nuits.

Dimanche 15 janvier 1843, nous nous reposons, confortablement campés dans un épais bouquet de bouleaux. Nous pouvons faire un bon feu avec le bois récolté hier soir en abondance, et nous jouissons d'un dimanche paisible en plein désert.

Lundi soir, 16 janvier. – Pas un buisson sur tout l'horizon. Avec notre réserve nous parvenons à faire du thé, puis nous nous couchons pour moins souffrir du froid.



 

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