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Terres glacées

Avec James Evans chez les Indiens de la Baie d'Hudson

CHAPITRE 7: LES CHIENS-LOUPS

Au Feu du Conseil

Notre maison missionnaire se peuple. Désireux d'avoir un attelage rapide et endurant, je me suis procuré des chiens peu ordinaires: d'authentiques chiens-loups, provenant du Haut-Nord; ils ont la mine rébarbative des grands loups du Nord. Ils sont jeunes encore mais ne tarderont pas à accomplir des exploits. Leur férocité naissante m'inquiète quelque peu; je compte bien les dresser, malgré les doutes émis par les Indiens qui nous prodiguent leurs conseils de prudence. Ces chiens, nous dit-on, feront un attelage splendide et vigoureux, mais ils ne perdront jamais ce qu'ils tiennent du loup dans leur caractère.

Pour compenser leur violence, nous avons doté notre foyer d'hôtes plus aimables: deux moutons. Je les ai achetés au retour du voyage d'été, au sud du Lac Winnipeg. Les amener ici dans nos canots d'écorce ne fut pas une petite affaire. Nous avons songé d'abord à les embarquer séparément, un dans chaque canot pour répartir les soucis, mais ils nous mirent en danger en cherchant à sauter hors de l'embarcation pour se rejoindre. Il fallut naturellement faire un petit plancher à l'endroit qui leur fut réservé pour que leurs pieds ne percent pas la coque en écorce. Nos petits compagnons furent très inquiets de voyager à fleur d'eau, dominant les vagues de leur queue en même temps que de la tête; leur agitation rendit très pénibles les premiers jours de notre navigation commune. Pourtant ils s'accoutumèrent à notre compagnie presque aussi bien que nous à la leur.

L'arrivée à Norway House de ce début de troupeau fut une grande joie pour Eugénie. Elle s'institua bergère responsable, et je vous laisse à penser que ses protégés ne manquèrent de rien au cours de l'hiver. Pour la mettre à l'abri des chiens toujours à l'affût de quelque gibier, la bergerie fut entourée d'une forte palissade haute de quatre mètres. Ainsi les moutons sont en sûreté, et Eugénie rassurée.

Les travaux de l'imprimerie me retiennent à Norway House pendant l'hiver de 1841 à 1842, de même que l'été suivant. Je ne fais que de courts et rapides voyages auprès de tribus pas trop éloignées.

Une délégation nous arrive du sud-ouest; un village réclame ma visite «pour affaires», me dit-on. Je réponds avec joie à cet appel. Je suis maintenant expert dans la conduite de mon attelage; la route n'est ni longue ni difficile à suivre. Croyant pouvoir me passer de Mustagan, je pars seul avec Budd, compagnon agréable, habile à dresser les chiens, mais qui n'a pas la faculté d'orientation d'un guide.

Mes beaux chiens-loups fraient la piste; le traîneau de Budd suit, tiré par quatre de nos anciens chiens eskimos. Nous nous engageons sur l'immensité gelée du Winnipeg. Nous ne nous éloignons guère de la côte, ne tenant nullement à tourner en cercles dans la tempête au milieu du lac large de plus de cent kilomètres. Le bord est sinueux, fortement découpé. Des promontoires abrupts s'avancent dans le lac, cachant des golfes profonds. Nous traçons notre piste en ligne droite du cap d'un promontoire au suivant. Les baies que nous coupons ainsi sont profondes parfois de dix kilomètres et larges de près de vingt.



 

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