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Terres glacées

Avec James Evans chez les Indiens de la Baie d'Hudson

CHAPITRE 5: KAHWONABY, LE PILOTE

Sous le wigwam

Près de la rivière, masqué par quelques arbres, apparaît le village indien. Les tentes sont nombreuses, une centaine peut-être, serrées les unes contre les autres. Ce n'est pas que la place manque: le pays est illimité, et rares les habitants; mais, par mesure de sécurité, on entasse les huttes. Le village se défendra mieux contre l'ennemi, mais d'autant moins bien contre les maladies et les vices.

Nous abordons. Le chef reçoit cérémonieusement le premier Visage pâle qui visite son village. Quel homme magnifique que ce chef! Il porte la fierté de sa race et la noblesse des peuples libres. Stature imposante, démarche énergique, visage fin et intelligent, regard dominateur, tout en lui commande le respect. Il est en grand équipage: des plumes d'aigle ornent sa tête, dessinent une crête au long de son dos et traînent à sa suite comme une queue; deux cornes de bison attestent son rang; son costume de peaux est finement brodé.

Le chef nous invite en son palais. Stupéfaction! ce bel Indien habite un wigwam misérable: quelques peaux usées recouvrent treize perches solides et longues de six mètres, disposées en cercle à leur base et liées à un mètre de leur sommet. A l'intérieur, l'emplacement du feu, quelques ustensiles noircis et des couvertures roulées. Cette demeure de nomade, démontable et transportable, n'offre aucun confort. Par terre traînent les vestiges des derniers repas laissés par les chiens. Tout est d'une saleté repoussante.

Le chef n'est pas plus riche que ses administrés; chacun vit au jour le jour du produit de la chasse et de la pêche. Il n'est question là ni de propriété ni d'épargne. En fait, ces sauvages magnifiquement libres sont hantés par la faim. Ils ne connaissent ni légumes, ni céréales, ni pain; ils se nourrissent exclusivement de poisson et de gibier. Le sel est fort rare, quelques tribus l'ignorent; le sucre d'érable excite leur gourmandise.

Les possibilités de chasse dirigent les déplacements des Indiens; ils viennent ici chasser le bison, puis ils poursuivront un vol de canards; ensuite ils guetteront le passage des rennes migrateurs; l'automne ils feront ample provision de poissons. Que le gibier abonde, les voilà riches; que les rennes échappent aux pièges, la famine s'abat sur la tribu. Ainsi, poursuivant leur nourriture, les Indiens vagabondent sur les traces du gibier.

Nous partageons le repas du chef et des principaux de la tribu. Les femmes ont apprêté un festin: des langues de bison séchées, une épaule d'ours et la moitié d'un castor. Autour du feu, chacun ronge à belles dents, puis jette par-dessus son épaule les déchets, que se disputeront les femmes.