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Pourquoi les livres apocryphes sont-ils incorporés dans certaines versions de la Bible en français?Si la publication de ces livres peut paraître opportune à certains, leur incorporation – pour ne pas dire leur assimilation – à la Parole inspirée de Dieu heurte profondément tous ceux qui sont attachés aux saintes Ecritures; de surcroît cette assimilation est malencontreusement encore accentuée lorsqu'on emploie, pour ces livres périphériques à la Révélation, la désignation de "Deutérocanoniques". Une désignation que la Contre-Réforme a introduite au XVIe siècle et qui peut signifier "nouveau ou second Canon"*, autrement dit l'addition officielle d'écrits prétendument inspirés aux 66 livres de la Bible. * Le mot grec canon est lui-même emprunté à l'hébreu qaneh = roseau, mesure, canne (cp. Ezéchiel 40:3 ; Apocalypse 21:15). Il évoque donc l'étalon, l'unité de mesure, et par extension la règle de doctrine ou les normes de la foi. Les livres canoniques répondent donc à un critère bien défini, celui de l'inspiration, de l'inerrance et de l'autorité divines des Ecritures. Note: Voir le texte "Jérôme, la Vulgate et les Apocryphes" pour une présentation historique de l'introduction des apocryphes dans la Bible. Sommaire approche des Apocryphes
Situons d'abord ces écrits contestés, qui ne font pas partie des 66 livres inspirés, bien que figurant dans les éditions catholiques de la Bible et dans la Bible œcuménique TOB. D'abord une première constatation s'impose: leur classification présente toujours des variantes, puisque ces livres sont, suivant les éditions, au nombre de neuf, onze, quatorze ou même dix-huit. Il s'agit donc de documents qui parfois se recoupent ou se regroupent différemment, si bien qu'ils ne paraissent pas toujours sous la même nomenclature et, en tous cas, jamais dans une présentation uniforme.
Peuple juif et ApocryphesJamais au cours de sa longue histoire la nation d'Israël n'a reconnu une valeur canonique à cette littérature, dont elle revendique pourtant la paternité. C'est d'autant plus frappant si l'on songe à la teneur de certains passages propres à flatter l'orgueil national d'Israël ou à encourager la philosophie religieuse d'un peuple brimé par l'occupation ou la persécution. Mais citons ici le professeur Henri Blocher : "A la fin du 1er siècle de notre ère, les responsables des institutions officielles du judaïsme mettent un point final aux discussions sur la liste des livres saints, canoniques (de l'Ancien Testament). C'est l'oeuvre des rabbins réunis à Jamnia (Yavnè[h]); après le désastre de l'an 70, Yohanan ben Zakkai avait obtenu de l'empereur Vespasien l'autorisation de réunir dans cette bourgade proche de Jaffa une "académie"; elle a fait en 40 ans l'inventaire de l'héritage d'Israël et organisé la survie du judaïsme. * Autres livres ou autres Ecritures, nommés aussi "Psaumes" (Luc 24:44): ensemble des livres bibliques de l'Ancien Testament qui ne font partie ni de la loi ni des prophètes, appelés par les Juifs les Kethubim et en grec les Hagiographes. Pères de l'Eglise et ApocryphesQuoique les Juifs n'aient jamais reconnu comme canoniques ces écrits suspects appartenant à la période post-prophétique, il faut néanmoins constater qu'ils ont joui d'une certaine popularité – du moins pour certains d'entre eux – durant les premiers siècles de l'ère chrétienne. Leur incorporation à la Version grecque des Septante de l'Ancien Testament ne pouvait, bien sûr, que leur conférer une évidente notoriété puisque pendant des générations, les Juifs de la dispersion comme les chrétiens ont tiré de cette version grecque la sève de leur foi. Au IIIe siècle, Julien l'Africain a blâmé Origène d'avoir prêché sur les "livres extérieurs"; au IVe siècle, Athanase (367) et Cyrille de Jérusalem (375) s'en tiennent rigoureusement aux livres canoniques. Puis Jérôme montre ostensiblement du doigt ces écrits contestés en leur refusant toute appartenance aux livres canoniques; en effet, lui le premier les déclare Apocryphes, un terme qu'on a traduit par "cachés" ou "ajoutés", parce qu'ils sont suspects tant par leur origine que par leur prétendue valeur doctrinale. Toutefois à la même époque Augustin, très attaché à la légende de l'"inspiration" de la Version des Septante, combat l'opinion de Jérôme au sujet des Apocryphes et fait prévaloir ses idées au Concile de Carthage de 397. Une opinion dont hélas la récurrence fut tenace tout au long des siècles... En publiant la Bible Vulgate latine (achevée en 405), Jérôme avait néanmoins établi clairement la différence entre livres inspirés et contes profanes. Son "Prologus Galaetus" dévoile les Apocryphes comme impropres à "confirmer l'autorité des dogmes ecclésiastiques". Or ce Prologue a été copié des milliers de fois par les scribes chargés de transcrire la Bible Vulgate latine tout au long du Moyen Age. Il est regrettable qu'au XVe siècle il ait été définitivement éliminé, notamment des premières impressions de la Bible Vulgate. Réformateurs et ApocryphesMartin Luther tiendra un langage aussi ferme que Jérôme à leur sujet, puisqu'il les désignera de "livres à ne pas tenir pour égaux à l'Ecriture sainte, mais utiles et bons à lire". Pour sa part, Pierre-Robert Olivétan, premier traducteur de la Bible française à partir de l'original hébreu et grec, incorpore les Apocryphes à sa version (1535) en exprimant la réserve suivante: "Ces livres ne sont point reçus ni tenus comme légitimes tant des Hébreux que de toute l'Eglise... Nous les avons séparés et réduits à part pour les mieux discerner et les connaître, afin que l'on sache desquels le témoignage doit être reçu ou non... Et non sans cause, car ils ont été corrompus et falsifiés en plusieurs lieux..." Puis il cite certains de ces livres comme étant "suspects" et "moins reçus", se référant une fois de plus à Jérôme qui n'a pas voulu traduire 2 et 3 Esdras, "les estimant comme songes". Eglise romaine et ApocryphesA l'instigation du pape Paul III, l'église catholique convoque un Concile universel à Trente, petite localité d'Italie du nord, qui siégera à trois reprises sur une période de 17 ans (1546-1563). Rome entend bien fourbir ses armes pour mieux faire pièce à la Réforme et si possible l'éliminer complètement. Le magistère de l'église consacre alors sous forme de dogmes, des pratiques qui au cours des siècles et selon les régions s'étaient progressivement développées en son sein. C'est également à Trente que l'Eglise romaine consacre la Bible Vulgate version officielle de l'Eglise, et pendant des siècles elle ne sanctionnera que les traductions faites à partir de la Vulgate; de surcroît et au mépris de l'avertissement de Jérôme à leur sujet, elle y incorpore les livres apocryphes, les désignant dès lors de Deutérocanoniques, terme qui, par sa consonance, fait admettre à tous une acceptation "définitive" de ces éléments considérés jusqu'alors comme étrangers au Canon des saintes Ecritures inspirées. Une arme subtile, que Rome ne se privera pas d'utiliser: elle dispose désormais d'une Bible dite plus complète, par conséquent plus crédible (!) que celle des protestants...
Voilà pourquoi l'Eglise de Rome tient si ardemment à ces livres antiques, générateurs de tant de confusion dans le passé. Elle y trouvait un fondement "scripturaire" (voir encadré ci-dessus) que les 66 livres inspirés ne lui auraient jamais fourni pour toute une série de dogmes consacrés au cours des siècles par la tradition; précisément ces dogmes adoptés et promulgués officiellement par le Concile de Trente et dont, il convient de le souligner, le magistère de l'Eglise romaine n'a pas retranché un iota après quatre siècles, n'en déplaise aux illusions des œcuméniques... Protestantisme moderne et ApocryphesLa plupart des incunables bibliques (XVe siècle) et des saintes Ecritures imprimées au XVIe siècle incorporent les Apocryphes; ce n'est qu'à partir du XVIIe siècle qu'on trouve des Bibles sans Apocryphes. En 1648, la Confession de Westminster publie une déclaration sans ambiguïté à leur sujet: "Les appelés Apocryphes ne sont pas divinement inspirés, ils ne font pas partie du Canon des Ecritures et n'ont donc aucune autorité dans l'Eglise de Dieu. Il ne faut pas les considérer autrement que n'importe quel écrit humain." Alors que les Apocryphes font de plus en plus figure de légende ou de littérature hétéroclite, la connaissance des textes sacrés s'approfondit, car ceux-ci s'imposent par leur teneur, leur inerrance et leur autorité. Aussi, en 1825, la Société Biblique Britannique et Etrangère (SBBE) décide d'exclure désormais ces livres de ses propres éditions et de ne plus subventionner les impressions avec Apocryphes dans d'autres pays. Elle introduit même dans ses statuts un amendement lui en faisant interdiction expresse. Œcuménisme et ApocryphesC'est donc d'autant plus regrettable de constater qu'à la fin du XXe siècle la plupart des sociétés membres de l'Alliance Biblique Universelle – qui se réclame pourtant de cette filière originelle de la SBBE – aient eu si courte mémoire et qu'elles soient revenues avec désinvolture sur des décisions prises il y a 150 ans par des théologiens de la vraie trempe, dont la mûre réflexion aurait dû prévaloir et s'imposer aujourd'hui encore. Comme chacun le sait, l'Œcuménisme cherche à renverser toutes les barrières ecclésiastiques dans l'intention de rapprocher les grandes confessions chrétiennes. Dans la stratégie de sa politique, il se devait donc de préparer dès que possible des Bibles "pour tous les chrétiens". D'où la parution en 1975 de la Bible française TOB (Traduction Oecuménique de la Bible) ou en 1983 de la version Concordata italienne, qui toutes deux incorporent les Apocryphes à la fin de l'Ancien Testament. "Que celui qui a entendu ma parole rapporte fidèlement ma parole.
John H. Alexander Sources consultées: FAC réflexion, octobre 1986, publication de la Faculté Libre de Théologie Evangélique de Vaux-sur-Seine Etude sur les Textes admis - textes contestés - textes rejetés Page modifiée le 26 juillet 2008 pa pl
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