|
Page 1 sur 2 La vraie spiritualité
Francis A. Schaeffer Editions La Maison de la Bible
11. Un nouveau départ
Au chapitre précédent nous avons déjà utilisé un vocabulaire qui implique bien d'une part la possibilité d'une guérison intérieure, mais d'autre part, son caractère partiel, c'est-à-dire imparfait.
Les miracles sont possibles. La Bible en donne un témoignage très clair, et notre expérience le confirme. Nous avons tous eu l'occasion de voir Dieu intervenir à un moment précis de l'histoire par des guérisons miraculeuses totales, tant physiques que psychologiques. Mais la Bible et notre expérience nous montrent également que si Dieu guérit parfois, il ne le fait pas de manière systématique. Ce n'est pas toujours une question de foi. Dieu est une personne avec ses propres plans. L'absence de guérison ne relève pas nécessairement d'un manque de foi.
Même lorsqu'un malade est complètement guéri par Dieu d'une certaine maladie, il n'en acquiert pas pour autant une santé parfaite. Prenons l'exemple d'une personne entièrement remise d'une hernie en réponse à la prière. Dieu a accompli ce miracle en réponse à la foi et selon son dessein. Mais cela ne veut pas dire que cette personne jouira désormais d'une santé physique parfaite. Elle peut très bien avoir une migraine le soir même! Ce miracle a donc une portée partielle, c'est-à-dire relative. Il en est exactement de même dans le domaine psychologique. Une personne guérie d'un désordre mental n'en acquiert pas pour autant une santé psychique parfaite pour le reste de ses jours. Je pense souvent à Lazare après sa résurrection. Il lui est certainement arrivé d'être encore malade, ou même peut-être de subir des moments de dépression et, ne l'oublions pas, il a dû finir par affronter la mort à nouveau. Les conséquences de la Chute se perpétueront jusqu'au retour de Christ.
Il nous faut savoir accepter notre limitation physique, morale ou psychologique, de crainte de voir nous échapper la part que nous pourrions obtenir. A cet égard, le chrétien comme les autres se trouve en danger de vouloir être Dieu; ce désir se traduit par la mise en place, consciente ou non, de normes excessives, basées sur la valeur exceptionnelle attribuée à sa propre personne. Une telle attitude provient parfois de nous-mêmes, parfois de notre entourage. Une famille peut nourrir des ambitions exagérées à l'égard d'un enfant, et attendre de lui un comportement ou des performances supérieures, pour la seule raison qu'il est l'un de leurs enfants. Elle l'accable par là d'une charge écrasante. Ainsi la plainte: "Je ne suis pas comme les autres", veut en réalité souvent dire : "Je veux être meilleur que les autres mais je n'y arrive pas". Veillons à être sincères dans ce domaine. Il est si facile pour nous, chrétiens, de nourrir le désir secret d'être Dieu, et de s'exclamer en nous-mêmes: "Etant ce que je suis, je devrais être supérieur!". En refusant d'accepter nos limites et nos luttes psychologiques, nous renions la doctrine de la Chute et nous élaborons un nouveau romantisme. Ainsi, par nos efforts désespérés pour atteindre l'inatteignable, nous perdons même l'essentiel de ce que Dieu veut nous donner.
Evitons de nous placer au centre de l'univers et d'exiger que tout se soumette à nos propres normes, établies d'après notre soi-disante supériorité. Gardons-nous de raisonner: "Il faut que je sois ainsi, sinon il ne me reste qu'à sombrer dans le désespoir." Certaines personnes sont totalement prisonnières d'un tel état d'esprit; nous en avons tous quelques traces au fond de nous-mêmes. Nous oscillons comme un balancier, tantôt persuadés de notre supériorité, tantôt plongés dans le désespoir.
<< Début < Précédent 1 2 Suivant > Fin >>
|