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L'argument est très clair. Si les morts en Christ ne ressuscitent pas, alors Christ n'est pas ressuscité non plus; et si Christ n'est pas ressuscité, tout s'effondre. "Car si les morts ne ressuscitent point, Christ non plus n'est pas ressuscité. Et si Christ n'est pas ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés, et par conséquent aussi ceux qui sont morts en Christ sont perdus. Si c'est dans cette vie seulement que nous espérons en Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes. Mais maintenant, Christ est ressuscité des morts, il est les prémices de ceux qui sont morts. Car, puisque la mort est venue par un homme, c'est aussi par un homme qu'est venue la résurrection des morts. Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ, mais chacun en son rang, Christ comme prémices, puis ceux qui appartiennent à Christ, lors de son avènement. Ensuite viendra la fin, quand il remettra le royaume à celui qui est Dieu et Père, après avoir réduit à l'impuissance toute domination, toute autorité et toute puissance. Car il faut qu'il règne jusqu'à ce qu'il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi qui sera réduit à l'impuissance, c'est la mort." (15:16-26) Si nous revenons à la scène de la Transfiguration, nous y voyons clairement une préfiguration de la résurrection. Sans vouloir dogmatiser, nous avons là une représentation, ou du moins une illustration – selon notre appréciation personnelle –, de ce qui se passera au jour de la résurrection. Nous y trouvons, d'une part, Moïse, qui représente les morts de l'Ancien Testament, et, d'autre part, les apôtres qui représentent les morts du Nouveau Testament. Mais nous y trouvons aussi Elie, l'un des deux hommes de l'Ancien Testament qui ont été enlevés au ciel. Ce texte évoque donc la résurrection, mais aussi l'enlèvement. Il s'agit d'un événement situé dans l'histoire, et non dans le monde imaginaire de la simple psychologie ou de la philosophie religieuse. A un moment donné, Christ reviendra – il y aura des croyants sur terre jusqu'à ce dernier moment – et alors, les morts seront changés en un clin d'œil: dans l'espace et dans le temps. Détail intéressant à relever, le verset 58 met la résurrection, puis l'enlèvement, en relation avec notre vie présente, et nous engage à en tenir compte dès maintenant: "soyez — sur la base d'une telle espérance, et déjà dans cette vie-ci — fermes, inébranlables, et occupés à l'œuvre du Seigneur." La même pensée se retrouve dans la première épître aux Thessaloniciens: l'enlèvement et la résurrection y sont mentionnés ensemble. "Nous ne voulons pas, frères, que vous soyez dans l'ignorance au sujet de ceux qui sont décédés, afin que vous ne vous affligiez pas comme les autres qui n'ont point d'espérance. Car, si nous croyons que Jésus est mort et qu'il est ressuscité, croyons aussi que Dieu ramènera par Jésus et avec lui ceux qui sont décédés. Voici, en effet, ce que nous vous déclarons d'après la parole du Seigneur: nous les vivants, restés pour l'avènement du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui sont décédés. Car le Seigneur lui-même, à un signal donné, à la voix d'un archange, et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts en Christ ressusciteront premièrement. Ensuite, nous les vivants, qui serons restés, nous serons tous ensemble enlevés avec eux sur des nuées, à la rencontre du Seigneur dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. Consolez-vous donc les uns les autres par ces paroles." (1 Thessaloniciens 4:13-18) Cette promesse de résurrection soulève cependant une question. Je ressusciterai des morts, c'est merveilleux, mais que se passe-t-il entre la mort du chrétien et sa résurrection? Serai-je en dehors de l'histoire? Serai-je en dehors du déroulement du temps? Entre sa mort et sa résurrection, le chrétien est-il nulle part? Disparaît-il tout simplement dans le néant? En 2 Corinthiens 5:4-8, Paul insiste, me semble-t-il, sur la même idée: "Car tandis que nous sommes dans cette tente (c'est-à-dire, dans ce corps, en vie sur la terre), nous gémissons, accablés, parce que nous voulons, non pas nous dépouiller, mais nous revêtir, afin que ce qui est mortel soit englouti par la vie. Et celui qui nous a formés pour cela, c'est Dieu, qui nous a donné les arrhes de l'Esprit. Nous sommes donc toujours pleins de confiance, et nous savons qu'en demeurant dans ce corps, nous demeurons loin du Seigneur – car nous marchons par la foi et non par la vue – nous sommes pleins de confiance, et nous aimons mieux quitter ce corps et demeurer auprès du Seigneur." Selon la Bible, le chrétien ne peut connaître que deux états: soit il est ici-bas dans la chair, soit – une fois mort – il est avec le Seigneur. C'est exactement ce que Jésus évoque sur la croix. Le chrétien, après la mort, ne se trouve pas dans le néant, ou en dehors du déroulement du temps, pas plus que Jésus ne s'y trouve entre sa résurrection et sa seconde venue. Une foule de noms de personnes disparues nous viennent alors à l'esprit. Cette question de la mort, en effet, ne relève pas uniquement de la théologie, elle nous concerne tous très concrètement. Nous pensons aux multitudes de croyants morts à l'époque de l'Ancien Testament, et aux multitudes de croyants morts au temps du Nouveau Testament. Nous pensons à nos bien-aimés disparus qui en font partie. Où sont-ils? Et il nous faut penser à nous-mêmes aussi. Il se peut que nous mourions avant le retour de Jésus, même si chaque chrétien peut nourrir l'espoir d'être présent au retour de Jésus. Si nous mourons, où serons-nous, dès l'heure de notre mort et jusqu'au retour de Jésus? Naturellement, le monde pense immédiatement qu'après la vie, nous entrons dans le néant, ou dans un lieu voilé, ensevelis sous des linceuls, où tout est informe, tel un brouillard opaque qui se glisse sous la porte ou pénètre par le trou de la serrure. La nouvelle théologie libérale, quand elle ne le nie pas, fait de l'au-delà quelque chose de si vague qu'il n'a aucune signification pour nous. Il n'en est pas de même dans la Bible. Sur la Montagne de la Transfiguration, Elie apparaît corporellement, lui qui a été enlevé au ciel. Il n'y a aucune raison de le voir autrement. Elie tient une conversation avec Moïse et Christ. Moïse est présent aussi, quoique mort et enterré. Il participe à la conversation; on peut le voir, le reconnaître et lui parler. Nous retrouvons le même genre de situation lorsque Saül s'entretient avec Samuel. Il n'y a aucune raison de penser qu'il s'agit d'autre chose que de l'esprit de Samuel et pourtant Saül reconnaît Samuel et s'entretient avec lui. Bien plus frappantes encore sont les paroles de Jésus lui-même après sa résurrection des morts. Lorsque Jésus leur apparaît, les disciples le prennent pour un esprit. Ils admettent l'existence du monde surnaturel; aussi une telle rencontre ne devait-elle pas les surprendre outre mesure. Par contre, ils ne sont pas du tout préparés à une résurrection physique. C'est pourquoi Jésus leur répond de manière tranchante, avec amour certes, mais de manière vraiment tranchante: "Un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'ai." (Luc 24:39) La phrase que Luc rapporte tout de suite après fait contraste: "Avez-vous quelque chose à manger?" Jésus veut dire par là: "donnez-moi à manger et je vous montrerai que je ne suis pas un esprit". De la même manière Moïse, pourtant mort depuis longtemps, se tient sur la montagne. Nous sommes confrontés à un flot incessant de rachetés qui, bien que morts, sont des êtres spirituels conscients. Nous n'avons aucune raison de penser qu'ils sont méconnaissables. Nous n'avons aucune raison de penser que ce sont des esprits isolés, séparés de Christ ou les uns des autres. Face à la mort, le chrétien peut être sans crainte: il est appelé à réaliser que, le moment venu, s'il a accepté Christ comme son Sauveur, quel que soit le jour de sa mort, ce jour-là sera son "aujourd'hui". Nous n'avons pas besoin de craindre la mort. Cette certitude essentielle nous est donnée : les chrétiens décédés sont avec Christ. Il n'y a aucune raison de penser qu'ils perdent toute communication avec Christ à l'instant de leur mort. Quitter son corps, c'est être présent avec le Seigneur; c'est être réellement avec lui en esprit. Je voudrais insister encore. L'Ecriture ne nous présente pas notre certitude comme une simple espérance d'ordre psychologique. Les morts sont bel et bien là, avec Christ, êtres réels et conscients. Ils y sont vraiment. Ils font partie de l'univers, tout autant que vous qui êtes assis à lire ces lignes. Je le répète, les morts ne se trouvent pas dans un "ailleurs" philosophique, mais dans la réalité. La notion de temps y est importante. Pour le brigand sur la croix, bien qu'il ne soit plus dans son corps, le temps passe toujours; il attend le moment béni où il reviendra avec Jésus-Christ. A ce stade de notre étude sur la spiritualité, il convient de reconnaître l'existence de deux sphères aussi réelles l'une que l'autre dans l'univers. Nous sommes dans le monde visible, et les chrétiens décédés sont maintenant avec Christ, dans le monde invisible. Cela n'a rien à voir avec la conception primitive d'un univers à trois étages. La conception biblique de la réalité distingue dans l'univers deux domaines, deux plans de la réalité espace-temps: l'un dans le monde visible, l'autre dans le monde invisible. En gardant à l'esprit ces deux plans de la réalité, j'aimerais revenir à la conclusion du chapitre précédent. Lorsque Dieu nous demande de vivre comme si nous étions déjà morts et montés au ciel, comme si nous y avions considéré la vérité avant de revenir en ce monde, il ne nous demande pas d'agir sous l'influence de quelque motivation psychologique, mais bien en fonction de la réalité. Cependant, pour être pratique, il nous faut répondre à la question: comment est-il possible de vivre ainsi? Comment adopter un tel mode de vie, sans le considérer uniquement sous l'angle d'une espèce d'expérience "religieuse" abstraite, comme un concours de circonstances et d'états d'âme, une expérience existentielle vague, creuse, et sans signification aucune? Par où commencer? Vais-je d'abord me flageller? Vais-je rechercher quelque expérience exotique, quelque extase? Non, bien sûr. Fort heureusement il ne s'agit pas là d'une simple conception religieuse propre au XXe siècle; c'est en fait une démarche tout à fait pratique. "Car tandis que nous sommes dans cette tente, (nous avons déjà étudié ce passage), nous gémissons accablés, parce que nous voulons, non pas nous dépouiller, mais nous revêtir, afin que ce qui est mortel soit englouti par la vie. Et celui qui nous a formés pour cela, c'est Dieu, qui nous a donné les arrhes de l'Esprit." (2 Corinthiens 5:4-5) En d'autres termes, Dieu met, ici, deux aspects de la réalité en relation : d'une part, à notre mort, nous sommes avec Christ et, d'autre part, aujourd'hui, de façon tout aussi certaine, si nous avons accepté Christ comme Sauveur, le Saint-Esprit habite en nous. Dieu effectue là un rapprochement surprenant. Il ne désire pas que nous séparions ces deux réalités dans notre esprit. Il est certain qu'à ma mort, je serai avec le Seigneur, tout comme les morts en Christ, y compris mes bien-aimés, sont avec lui maintenant. Mais en même temps, actuellement, j'ai le Saint- Esprit. Le même sujet est traité, me semble-t-il, en Hébreux 12:22-23, où ces deux concepts sont réunis. "Mais vous (qui avez accepté Christ comme votre Sauveur et vivez encore sur cette terre) vous vous êtes approchés de la montagne de Sion, de la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, des myriades qui forment le chœur des anges, de l'assemblée des premiers-nés inscrits dans les cieux, du juge qui est le Dieu de tous, des esprits des justes parvenus à la perfection." Il nous est dit, ici, que nous sommes maintenant unis à ces personnes; ceci nous amène à la doctrine de l'union mystique de l'Eglise (union de ceux qui vivent aujourd'hui avec ceux qui sont morts). Plus qu'une "doctrine", cette union est une réalité: Dieu nous relie, dès à présent, à la réalité de ceux qui ont déjà changé de condition. Ils sont là, ils voient Christ face à face, ils sont morts, et nous, nous avons les arrhes de l'Esprit Saint. Tout en gardant cela en tête, revenons à Galates 2:20, déjà cité à plusieurs reprises: "J'ai été crucifié avec Christ; et si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi; si je vis maintenant dans la chair (c'est-à-dire, avant ma mort), je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi." Ce verset est constitué de trois parties différentes: "Je suis crucifié avec Christ;" (pause) "et si je vis," (pause) "ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi." Selon ce passage, Christ vit réellement en moi si je l'ai accepté comme mon Sauveur. Nous retrouvons en quelque sorte les paroles de Jésus au brigand sur la croix: "Aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis." Mourir, c'est être avec le Seigneur. Loin d'être une simple idée, c'est une réalité. Or, le même Christ promet de manière tout aussi certaine qu'il vit en moi dès lors que je l'ai accepté comme Sauveur. Ces deux réalités vont de pair. L'une et l'autre sont l'objet d'une promesse. Les chrétiens décédés sont présentement avec Christ, et Christ vit réellement dans le chrétien. Christ vit en moi. Le Christ qui a été crucifié, le Christ qui a tout accompli, le Christ qui est maintenant glorifié, a promis de produire du fruit dans le chrétien (Jean 15), tout comme la sève de la vigne produit du fruit sur le sarment. Voilà le véritable mysticisme chrétien. Il est différent du mysticisme non-chrétien, sans être pour autant, et j'insiste là-dessus, un mysticisme inférieur. A vrai dire, le mysticisme chrétien est plus profond, car il n'est pas fondé sur une simple expérience vide de sens, mais sur une réalité historique, située dans l'espace et le temps, sur la vérité qui peut s'exprimer avec des mots. L'authentique mysticisme chrétien ne renie ni la raison, ni l'intellect. Il n'entraîne ni la perte de la personnalité, ni l'anéantissement de l'individu. A plusieurs reprises, la Bible parle de la relation entre les chrétiens et Jésus-Christ comme de celle qui existe entre une épouse et son époux. Qui est cet "époux"? C'est le Christ qui est mort, qui a achevé son oeuvre, qui est ressuscité, qui est monté au ciel, qui est glorifié. C'est ce Christ-là et non pas une simple idée. C'est le Christ qui a été vu après la résurrection, vu par Etienne, vu par Paul et par Jean. Oui, ce Christ-là est l'époux, et nous, les chrétiens, nous sommes "l'épouse". "Ainsi vous-mêmes, regardez-vous comme morts au péché, et comme vivants pour Dieu en Jésus-Christ." (Romains 6:11) Comme le fil d'un collier sur lequel les perles s'enfilent une à une, les expressions "en Christ", "par Christ" constituent le fil conducteur de cette partie de l'Epître aux Romains qui, dès le chapitre 5, traite de la sanctification. "Etant donc justifiés (dans le passé) par la foi, nous avons (dans le présent) la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ." (Romains 5:1) "Misérable que je suis! Qui me délivrera de ce corps de mort?...Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur." (Romains 7:24-25) "Mais dans toutes ces choses nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés." (Romains 8:37) Christ est avec ceux qui sont maintenant dans le paradis. Mais le même Christ promet aux chrétiens encore vivants sur la terre qu'il produira du fruit à travers eux, maintenant, dans cette vie-ci. La puissance du Christ crucifié, ressuscité et glorifié, produit ce fruit, par notre moyen, dès à présent. Nous voici au terme de notre étude sur les fondements de la vie chrétienne et de la vraie spiritualité; avant de pousser plus loin nos réflexions, gardons bien trois points en mémoire. Le premier concerne les réponses au "comment" de la vie chrétienne: ce "comment" ne réside pas dans notre propre force. Il ne réside pas non plus dans l'action fondée sur le fait qu'aux yeux de Dieu, nous sommes, en vertu de notre position en Christ, déjà morts et ressuscités juridiquement. Certes, il ne faut jamais minimiser cette réalité merveilleuse. Sur le plan juridique, c'est une réalité puisque Christ est mort et qu'il a payé le prix. Mais il ne suffit pas d'agir en fonction de cette réalité, bien qu'elle nous remplisse d'adoration. Le comment de la vie chrétienne est bien davantage: c'est Christ glorifié lui-même qui opère à travers nous. Christ est l'élément actif qui agit. Le deuxième point, que nous approfondirons plus tard, concerne l'action du Saint-Esprit. "Or, l'espérance ne rend point honteux, parce que l'amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné." (Romains 5:5) Paul veut dire par là que nous ne serons pas confus par l'expérience lorsque nous nous conformons très concrètement à la réalité présentée, à l'enseignement donné. Pourquoi? "Parce que l'amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné." "Mais maintenant, nous avons été dégagés de la loi, étant morts à cette loi sous laquelle nous étions retenus, de sorte que nous servons sous le régime nouveau de l'Esprit, et non selon la lettre qui a vieilli." (Romains 7:6) Qu'est-ce qui fait la différence? C'est le Saint-Esprit, et non pas simplement une "idée nouvelle". Ce n'est pas non plus notre propre force. Le Saint-Esprit nous a été donné pour rendre notre service possible. Au chapitre 8 de l'épître aux Romains, à la fin de son exposé sur la sanctification (chapitres 1-8), Paul décrit avec une force toute particulière l'œuvre du Saint-Esprit, qui agit en faveur du chrétien. Le verset 13 résume les idées de ce chapitre capital. "Si vous vivez selon la chair, vous mourrez; mais si par l'Esprit vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez." Le Saint-Esprit est, ici, présenté comme l'instrument de la puissance et de la personne du Christ glorifié. Nous n'avons pas assez de force en nous-mêmes, et nous sommes précédés par la puissance et l'œuvre du Christ glorifié, grâce à l'action du Saint-Esprit. A n'en pas douter, c'est là ce que Christ entendait en Jean 14:18 "Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai à vous." Souvent utilisé comme bénédiction, 2 Corinthiens 13:13, que nous ne pouvons étudier en détail, exprime la même pensée: "Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l'amour de Dieu, et la communion du Saint-Esprit, soient avec vous tous." Cette dernière expression, "la communion – ou la communication – du Saint-Esprit", nous présente également le Saint-Esprit comme celui qui agit au nom de la Trinité. C'est ainsi que Jésus promet, en Jean 14, non seulement qu'il ne nous laissera pas orphelins, mais que le Père et lui viendront à nous. Certes, en lisant le livre des Actes, nous ne voyons pas, dans l'Eglise primitive, un groupe d'hommes forts unis dans un travail commun; nous percevons plutôt l'œuvre du Saint-Esprit qui leur transmet la puissance du Christ crucifié et glorifié. Il doit en être de même pour nous. Nous ne devons pas, et ce sera le troisième point, nous cantonner dans une attitude purement passive. A l'évidence, notre vie spirituelle, tout comme notre justification, ne repose pas sur nos oeuvres, ni sur notre énergie personnelle. Mais, comme pour ma justification, mon rôle n'est pas de rester passif, tel un bout de bois ou un caillou. L'exemple qui, à mes yeux, illustre cette vérité avec force, est la réponse de Marie à l'ange en Luc 1:31. L'ange s'est approché de Marie et lui a dit: "Marie, tu vas donner naissance au Messie promis depuis longtemps". C'était une promesse exceptionnelle, la promesse d'un événement tout à fait unique: la venue dans ce monde de la deuxième personne éternelle de la Trinité. Quelle est la réponse de Marie à l'annonce de cette conception prochaine, que le Saint-Esprit devait opérer en son sein? Marie avait, à mon avis, trois possibilités de réponse. Jeune fille juive de dix-sept ou dix-huit ans probablement, elle aime Joseph, que nous n'avons aucune raison d'imaginer comme un homme âgé. Elle se trouve dans une situation historique tout à fait normale, et éprouve des sentiments tout à fait naturels. Tout à coup, on lui annonce qu'elle va donner naissance à un enfant. Elle aurait pu rejeter cette idée et dire: "Je m'y oppose, je ne veux rien savoir; je m'enfuirai; que dirait Joseph?" Nous savons bien quelles ont été plus tard les pensées de Joseph. Humainement parlant, nous n'aurions pas pu la blâmer si elle avait réagi ainsi. Mais Marie ne répond pas de cette façon. Elle aurait aussi pu se dire, et c'est là le danger qui nous guette tous au point où nous sommes parvenus dans l'étude de la vie chrétienne: "Maintenant que j'ai la promesse, je vais déployer ma force, ma volonté, mon énergie, pour que la chose promise s'accomplisse. J'ai la promesse; je vais maintenant mettre au monde un enfant sans la contribution d'un homme, par ma propre volonté." Si elle avait répondu ainsi, elle n'aurait jamais eu d'enfant. Une troisième réponse est encore possible. C'est la réponse magnifique, merveilleuse, que Marie a donnée: "Je suis la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon ta parole!" (Luc 1:38) Voilà la passivité active. Marie remet volontairement son corps entre les mains de Dieu pour qu'il accomplisse ce qu'il a annoncé, et Jésus est né. Elle s'est donné elle-même à Dieu. En réponse à la promesse certes, mais sans chercher à l'accomplir elle-même. C'est là l'expression personnelle, belle, et émouvante, d'une relation entretenue par une créature humaine avec le Dieu qu'elle aime. La circonstance est absolument unique, ne nous y trompons pas : il n'y a qu'une seule naissance virginale. Voilà ce que j'entends par passivité active; je souhaite que ce ne soit plus une formule creuse. L'idée est si belle que nous devrions éclater en chants de louange ! Nous ne sommes pas irrémédiablement captifs, condamnés à nous mortifier, ni livrés au découragement. "Qu'il me soit fait selon ta parole." Ainsi, nous sommes en présence de deux sphères de la réalité : l'une concerne les personnes décédées, qui sont maintenant avec Christ, l'autre nous concerne nous-mêmes, qui avons maintenant les arrhes de l'Esprit Saint et qui, sur la base de la réalité de l'œuvre parfaite de Christ, avons accès (de façon réelle et non théorique) à la puissance du Christ crucifié, ressuscité et glorifié par l'action du Saint-Esprit. La vraie spiritualité n'est pas le résultat de notre propre énergie. Le "comment" de cette vie dont nous avons parlé, de la vraie vie chrétienne, de la vraie spiritualité, est exprimée en Romains 6:11: "Ainsi vous-mêmes, regardez-vous" (c'est l'acte de foi; vient ensuite l'aspect négatif) "comme morts au péché", (puis l'aspect positif) "et comme vivants pour Dieu en Jésus-Christ". Voilà le "comment". Il n'y en a pas d'autre. C'est la puissance du Christ crucifié, ressuscité et glorifié par l'action du Saint-Esprit, au moyen de la foi. Page modifiée le 12 septembre 2008 par pl
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