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II - L'ANTIQUITÉ DE L'HOMMEOr, l'âge du cosmos est une chose, mais l'antiquité de l'homme en est une toute autre; la Genèse laisse la première question ouverte, mais elle n'admet pas de controverse quant à la seconde, c'est-à-dire en ce qui concerne les origines de l'homme. Il est nécessaire de garder dans notre esprit une distinction nette entre ces deux questions. Chose invraisemblable, les généalogies bibliques remontent jusqu'à l'origine de l'histoire. La Genèse parle sans ambiguïté d'un premier homme, Adam, père de la race humaine entière. Disons en passant que la science, il y a quelques années, penchait vers une multiplicité d'ancêtres parallèles, alors qu'aujourd'hui elle reconnaît l'unité de l'espèce humaine, en justifiant ainsi la conception biblique. Or, la descendance d'Adam est présentée dans les premiers chapitres de la Genèse de façon cohérente, ce qui nous permet de postuler une date au moins approximative pour l'apparition de l'homme sur la terre. Il est évidemment possible que ces généalogies ne soient pas tout à fait complètes, mais il est parfaitement évident qu'elles sont sérieuses. Pour un examen un peu plus approfondi de cette question, voir mon ouvrage: Quelques interprétations courantes des six jours de la Genèse (Ed. Farel, 1983). La question de l'antiquité de l'homme n'étant pas non plus dans notre sujet, je ne prétends pas la traiter ici; mais, parce qu'elle est d'une brûlante actualité et parce que de nombreux lecteurs vont certainement la soulever, je juge bon de lui consacrer tout de même quelques lignes. C'est à ce niveau surtout que s'accentue la tension entre le croyant et le non-croyant. Tout, absolument tout, dépend de la façon dont un homme conçoit ses origines. L'humanisme contemporain a tellement insisté sur une préhistoire évolutive de l'homme qu'il est difficile à un contemporain d'adopter une vue personnelle. On cite des autorités, on parle de fossiles, on démontre l'existence de «maillons manquants» et que sais-je encore. Or, c'est un fait qu'il existe des fossiles et même des ossements de créatures qu'on ne voit plus mais qui ressemblent plus ou moins à l'homme. La Bible ne conteste pas nécessairement cette évidence. Que savons-nous en fait de ces temps préhistoriques, avant que l'homme véritable ne fût sur la terre? Là cependant où la Bible est formelle, c'est dans son affirmation que l'homme, la vraie espèce humaine à partir d'Adam, n'est pas un phénomène évolué de ces créatures-là. Nous ne savons et ne saurons peut-être jamais la procédure utilisée par Dieu pour créer l'homme; nous savons seulement qu'il l'a créé à son image et non à l'image de la bête. La conception évolutionniste de l'homme – il faut bien insister sur ce fait – est en contradiction avec l'enseignement de la Bible. C'est précisément sur ce point que se situe le véritable conflit entre la Genèse et les interprétations humanistes de la préhistoire. Même si l'évolution transformiste était vraie pour les plantes et les animaux (et je ne pense pas qu'elle le soit, en tout cas en ce qui concerne la macro-évolution), la Bible ne nous permet pas d'appliquer la thèse transformiste à l'homme. L'admettre, signifierait une démission de la part du chrétien face à l'humanisme. La foi chrétienne refuse de réduire Dieu au même niveau que la nature; elle refuse également de réduire l'homme, malgré sa faillite morale, au niveau de l'animal. Quelques constatationsOn objectera certainement en me posant des dizaines de questions sur les «hommes» de Néanderthal, de Cro-Magnon et de trente-six autres endroits. Ce n'est pas dans ce livre cependant que nous pouvons étudier ces cas; je me contente d'avancer une ou deux précisions et suggestions. 1° – L'homme, tel que nous le connaissons, est essentiellement un être qui se civilise. Partout où l'homme véritable existe ou a existé, il a su créer autour de lui une civilisation. Dans certains climats, polaires ou tropicaux ou désertiques par exemple, où il était dépourvu de moyens naturels, les traces qu'il a laissées de son existence sont minimes; mais partout ailleurs, le génie humain s'est manifesté de façon incontestable dans les vestiges qui nous sont parvenus. Ceux-ci font partout preuve d'un esprit qui invente, qui produit des ouvrages esthétiques et qui indique par sa façon d'enterrer les morts une certaine croyance en l'au-delà. Or, il n'existe pas sur cette planète des traces de civilisations proprement dites qui datent d'il y a très longtemps. Les chiffres sont encore à discuter, en attendant que l'archéologie fasse de nouvelles découvertes et développe ses méthodes. Ils ne nous empêchent cependant pas de prendre absolument au sérieux les données de la Genèse. 2° – Il est possible, je le répète, que Dieu ait créé, avant l'apparition de l'homme véritable, des êtres possédant une stature relativement proche de celle de l'Homo sapiens et même doués d'une intelligence permettant la fabrication de certains artefacts, sans que ces créatures soient ce que Dieu appelle «son image». Car cette «image» de Dieu ne réside évidemment pas dans les traits d'un visage ou dans les dimensions du cerveau (Dieu étant «esprit» et n'étant pas fait de chair et d'os!), mais plutôt dans la nature spirituelle de l'homme. Cette image consiste essentiellement dans la capacité de connaître Dieu, expérience au-dessus de la portée d'un animal. Pourquoi le Créateur ne se serait-il pas plu à faire de telles créatures avant de créer l'homme proprement dit? La Genèse laisse cette question ouverte. Nous avons encore beaucoup à découvrir, beaucoup à comprendre. Il est même possible que dans certains cas ces vestiges représentent une dégénérescence de l'espèce humaine. Le chapitre 6 de la Genèse permet de le supposer. 3° – Les anthropologues ne sont pas du tout unanimes quant à ces vestiges préhistoriques. Il n'est pas facile de déterminer la vraie nature, par exemple, de «l'homme» de Néanderthal, alors que celui de Cro-Magnon est trop proche de l'humanité pour qu'on le traite «d'animal». La capacité crânienne de ce dernier dépassait celle de l'homme moderne et ses oeuvres esthétiques nous émerveillent. Tant que les savants ne s'accordent pas sur ces différents cas, nous ne pouvons que nous attendre à Dieu pour de nouvelles clarifications. Peut-être, à partir de nouvelles fouilles, ou par une meilleure compréhension des choses de Dieu, trouverons-nous une explication bien plus satisfaisante. 4° – Malgré les prétentions de certains savants, il n'existe pas de fossile indiscutablement humain qui date de plus de quelques milliers d'années. Certains estiment l'âge de quelques-uns de ces restes à 40 000 ans, d'autres baissant le chiffre sensiblement jusqu'à 15 000 ou 10 000 années ou encore moins. Lorsque j'étais jeune, on parlait aisément de l'existence de l'Homo sapiens depuis un ou deux millions d'années. On n'emploie plus ce langage. Entre un million et quinze mille ans il y a un écart énorme. Les opinions scientifiques se sont rapprochées remarquablement de la Bible et je m'attends à ce que les nouvelles connaissances confirment progressivement les données de la Bible. 5° – Les méthodes utilisées pour déterminer les dates préhistoriques sont incertaines et loin d'être perfectionnées; elles donnent parfois des résultats très discutables. Il va sans dire que nous ne pouvons pas nous fier à toutes les affirmations des anthropologues et paléontologistes; il reste beaucoup de terrain à explorer avant que les incertitudes disparaissent. En réalité, nous en savons très peu sur cette question. Malgré la diversité d'interprétations accordées aux faits relevés par la science, les faits eux-mêmes ne posent pas d'obstacles insurmontables à celui qui accepte la Genèse comme un texte inspiré de Dieu. Au contraire, l'harmonie très évidente entre la Genèse et la science inspire un immense respect pour la Bible. Celle-ci ne répond évidemment pas à toutes nos questions; elle ne cherche pas à satisfaire notre curiosité; elle se borne à nous apprendre l'essentiel: comment retrouver le sens de notre existence dans un rapport franc et intime avec celui qui nous a créés. Voilà ce dont nous avons tous besoin. Page modifiée le 9 août 2008 par pl
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