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L'héritage du christianisme face au XXIe siècle

Francis A. Schaeffer
Editions La Maison de la Bible Genève - Paris

9. Philosophie et théologie modernes

Dans sa quête désespérée d'optimisme dans le domaine de la signification et des valeurs, l'homme moderne s'est évadé «à l'étage supérieur», dans le monde de la non-raison.

Jean-Paul Sartre (1906–1980) est de loin le plus célèbre des existentialistes. Pour lui, la raison offre un champ où tout est absurde, mais il reste à l'homme un moyen de s'authentifier lui-même par un acte de volonté; il doit abandonner la position du spectateur pour agir dans un monde sans finalité. Mais, d'après Sartre, la raison étant séparée de cette authentification, la volonté peut agir dans n'importe quelle direction, autant en aidant, la nuit tombée, une dame âgée à marcher le long de la route qu'en appuyant sur l'accélérateur pour la renverser... La raison n'est pas en jeu et rien ne peut vous indiquer la direction que votre volonté doit prendre.

Albert Camus (1913–1960) a toujours été placé aux côtés de Sartre comme l'un des deux chefs de file de l'existentialisme français, même s'il n'a jamais fait preuve de la même logique que Sartre dans leurs présuppositions communes. Mais les jeunes se réclamant de l'existentialisme français ont nettement donné la préférence au caractère plus humain de Camus.

Mais Sartre n'a pas toujours été conséquent avec lui-même. En signant le Manifeste algérien en 1960 – «la guerre d'Algérie est une sale guerre» –, il a bel et bien émis un jugement de valeur qui n'était pas qu'un saut de non-raison; il anéantissait son propre point de vue; il disait que l'homme peut utiliser sa raison pour conclure que certaines choses sont bonnes, d'autres mauvaises. Plus tard, il agira de la même manière en embrassant l'idéologie de l'extrême gauche.

Le philosophe existentialiste allemand Martin Heidegger (1889–1976) exprima essentiellement la même idée, à savoir que les réponses sont séparées de la raison. L'Etre et le temps (1927), Qu'est-ce que la Métaphysique? (1929) sont ses premiers livres. Tout jeune, il définit la place de l'homme devant le monde par le mot Angst (inquiétude). Cette anxiété n'est pas la peur. Pour Heidegger, la peur a un objet; sous sa plume, l'Angst est un sentiment général et indéfini d'anxiété que l'on éprouve dans l'univers. Dans le système de Heidegger, ce genre d'anxiété donne aux hommes la certitude de leur existence; ainsi l'appel à la décision leur est adressé. De là naît une signification à la vie et aux choix, fût-ce à l'encontre de la raison. Nous ne tarderons pas à voir, plus loin, que Heidegger a trouvé cette conception trop floue. Dans sa vieillesse, il modifiera son point de vue.

Karl Jaspers (1883–1969) est un autre existentialiste allemand, même si on lui attribue à tort la nationalité suisse parce qu'il vécut et enseigna à Bâle à partir de 1945 et durant une bonne partie de sa retraite. A certains égards, il a exercé une très grande influence sur la pensée et les formes de vie résultant de l'existentialisme. Nous pouvons avoir pendant notre vie, disait-il, une expérience finale. Expérience finale était, pour lui, un terme technique: il voulait dire par là que, même si notre esprit nous dit que la vie est absurde, il nous est néanmoins possible de connaître une expérience ultime, qui nous encourage à croire que la vie a un sens.



 

Jean11.25-26

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